Encore une nuit roulante mais c’était la dernière aux Marquises… Nous
rangeons le bateau, plions l’annexe sur le pont et « Badinguet », « Colorazul »
et « Philippe » quittent le mouillage vers 9h30. Nous loupons royalement la
finale de la coupe du monde mais aussi l’éclipse totale de soleil… Le ciel
est couvert et bien malin celui qui aurait pu remarquer un quelconque
changement de luminosité…
Le vent est au rendez-vous et nous filons à 8 nœuds vers le large. L’allure
est difficile car nous sommes au près. Le voilier gite et enfourne dans les
vagues, Cath ne semble pas rassurée mais elle ne le montre pas.
L’après-midi se passe à rester assis et à bien se tenir pour éviter de se
retrouver parterre. En fin de journée, le soleil descend sur l’horizon et le
rituel commence. Il faut se changer, s’habiller plus chaudement, sortir les
frontales, les sangles et les harnais.
Je connais l’angoisse de la première nuit au large et je règle le problème
en demandant à mon équipage féminin d’aller dormir assez tôt. Le vent a
forci et je ne veux pas avoir à gérer des angoisses nocturnes en plus de
notre voilier. Je me retrouve vite seul dans le noir, j’aime ce moment ou je
fais corps avec notre voilier, je le sens, je le ressens, je sais ce qu’il
me demande, s’il veut plus de toile, s’il faut choquer un peu, etc. Mes
pensées vagabondent dans la nuit, souvent délirantes, en voici une :
Partir en mer en voilier, c’est un peu comme le travail d’un anesthésiste.
Mon patient se nomme « Badinguet » et le plus gros du travail consiste à
préparer et tout régler pour que le sujet parte, non pas dans les bras de
Morphée mais sur le dos de Neptune ! Une fois que tout est réglé, que le
patient est parti, je reviens de temps en temps pour ajuster ceci ou régler
cela mais le plus gros du boulot est fait… De là à dire que les
anesthésistes ne foutent pas grand-chose il n’y a qu’un pas que je franchis
allégrement et j’en profite pour ajouter qu’il est vraiment lamentable
qu’ils demandent des dépassements d’honoraire alors que les patients ne les
choisissent jamais !
La première nuit est difficile comme souvent, 25 nœuds bien établis nous
obligent à réduire pour la nuit. Nous avons donné à Cath la couchette la
plus agréable en navigation, celle de la coursive. Pascale danse la gigue à
l’arrière et je roupille un peu dans le cockpit entre deux sonneries réglées
toutes les 20 minutes.
Au matin, je suis très fatigué, Pascale a relativement bien dormi et Cath a
cauchemardé… C’est très curieux car, Pascale et moi avons-nous aussi
cauchemardé dans cette couchette… Je ne sais pas si c’est le fait de dormir
au dessus de 13 batteries de 105 Ampères, le bruit que fait l’eau qui coure
le long de la coque ou si le matelas a été trouvé dans un vieux cimetière
indien mais cette couchette fait faire des cauchemars…
La journée est très remuante et l’allure est soutenue, toujours au près bon
plein à plus de 8 nœuds…
Pascale retrouve rapidement ses repères de cuisinière dans « la tabasse » et
Cath ne se déplace que très peu en se servant de ses quatre membres, un peu
comme si elle était en position debout mais à quatre pattes !
La deuxième nuit nous gratifie de nombreux grains souvent violents et je
passe mon temps à régler les voiles entre deux endormissements. Nous avons
très nettement distancé nos amis en catamarans car Michel ne veut pas forcer
sur son multicoque et Jean-François l’attend.
Nous sommes désormais seuls et les choses ne s’arrangent pas vraiment. Les
dernières 24h se passent avec 30 à 35 nœuds de vent au près, de quoi
dégouter de la navigation n’importe quel marin d’eau douce…
Sachez que Cath, n’a rien dit, pas une plainte, pas une critique. Elle nous
a montré ses hématomes aux jambes, s’est endormi quasiment au milieu d’une
phrase et a ronflé si fort que le gréement a tremblé mais elle l’a fait !
FAKARAVA
Nous engageons la passe Tamakahua au Sud de Fakarava à 10h30. Le courant est
quasiment nul et Michael vient à notre rencontre en dinghy. Il nous guide
entre les patates de corail sous un joli grain puis nous mouillons enfin par
deux mètres de fond dans une eau turquoise juste derrière de petites iles
chargées de cocotiers et de plages de sable blanc.
J’ai cru entendre comme un méchant soupir de soulagement lorsque j’ai
annoncé que nous étions arrivés, curieux !
Nous déjeunons dehors dans un décor de rêve, Badinguet ne bouge pas une
oreille, pas une vaguelette, pas une risée. Tout semble fait pour qu’on
oublie très vite les creux de 3 mètres et les puissantes rafales qui nous
ont secouées pour venir ici, on va pouvoir se reposer.
Il est 14h et voilà tout le monde dans les annexes pour notre première
plongée « dérivante ». Tout le monde est crevé mais la mer nous appelle…
Nous plaçons l’annexe au milieu de la passe puis, nous descendons dans l’eau
en restant accroché au pneumatique. La vitesse de dérive est étonnante,
peut-être 6 nœuds. Inutile de palmer, le spectacle défile sous nos yeux sans
effort, des centaines de poissons multicolores, un Napoléon de plus de 1m50
et même quelques requins. Ca y est Pascale a nagé ou plutôt a dérivé au
milieu des requins, CA C’EST FAIT !
Retour à bord sous un méchant grain puis nous attendons l’heure de l’apéro
que nous passerons sur « Mariposa ». Cath et Pascale n’arrêtent pas de
bailler et moi ça va, le monde à l’envers quoi !
15/07/10
Il pleut toute la journée et le vent ne descend que très rarement en dessous
de 25 nœuds, bref, une journée pourrie… Juste une petite heure à terre pour
faire le tour d’une des iles à la recherche de coquillages… Et oui, c’est la
nouvelle lubie du moment, on ramasse des coquillages, des morceaux de coraux
cassés avec des formes de cœur, de lance-pierre, de guitare, il y en a qui
ont de l’imagination !
Quand je dis « on », il s’agit, bien sûr, de Pascale et Catherine qui
viennent déposer partout sur Badinguet leurs sacs de bouts de coquilles. Je
peste et je rouspète contre mes deux camion-bennes qui viennent décharger
leurs palourdes sur le pont mais rien n’y fait, notre voilier s’alourdit de
choses inutiles…
« Colorazul » engage la passe sous nos yeux, génial ! Je les rejoints en
dinghy et ils mouillent juste à côté de Badinguet, la fête continue !
Le temps est vraiment mauvais et jusqu’au soir, les grains se succèdent. Les
trente nœuds dans les rafales ont tendance à légèrement décoiffer les
membres féminins de l’équipage et on peut surprendre des conversations très
intéressantes comme :
-
Pascale : Avec ce vent, on ne peut pas se coiffer.
-
Cath : Tu sais, ça fait deux ans que je n’ai pas frisé…
-
Nicolas : Alors ça c’est du scoop ! Deux ans sans friser, incroyable !!!
J‘ai évité de peu les représailles et le soir nous dinons tous ensemble avec
Michel et Carmen à bord.
16/07/10
Le soleil est enfin de retour mais le vent ne lâche rien.
Je passe deux heures dans l’eau à nettoyer la flottaison, giflé en
permanence par de courtes vaguelettes très désagréables, les voilà les
représailles ! Chaque semaine, il faut nettoyer et gratter les algues et les
coquillages qui s’accrochent sur une bande de 30 cm, 10 cm au dessus de la
flottaison et 20 cm dessous. Il n’y a plus du tout d’antifouling et
Badinguet est très vite couverts de barbiches et d’une curieuse couche
jaunâtre très difficile à enlever…
Nous passons la fin de matinée sur une autre ile, histoire de récupérer
encore quelques malheureux pétoncles qui n’ont aucune envie de monter sur
Badinguet…
Le paysage est extraordinaire, les plages de sable rose de Fakarava valent
le détour. Nous marchons tantôt sur le sable étincelant, tantôt dans des
lagunes émeraude, le tout à l’ombre de cocotiers tout droit sortis d’une
carte postale de rêve.
Un violent courant circule dans les nombreuses passes qui séparent les iles,
il est provoqué par le passage de l’eau au dessus de la barrière de corail
qui ceinture l’atoll. Quelque soit l’horaire de marée, lorsque le vent
souffle de l’Est, le courant est toujours rentrant dans les passes exposées.
Facile d’entrée, plus compliqué pour sortir mais on s’en fiche, on est bien
là où on est !
A 14h, nous repartons pour une belle dérivante dans la passe. Pascale est à
peine descendu dans l’eau qu’elle se retrouve nez à nez avec un grand requin
« pointe noire » aie, aie, aie ! Un petit gémissement, des ongles qui me
rentrent dans le poignet et le squale s’enfonce dans les profondeurs, ouf !
Pascale est vraiment de plus en plus à l’aise et les nombreux requins
qu’elle croise ne l’effraie presque plus… Le courant est toujours aussi
spectaculaire et nous dérivons à plus de 6 nœuds au milieu de carangues,
Mérous, poisson-trompette, Licornes, Napoléons, poissons-lait… Que de
poissons aux formes et aux couleurs incroyables… Heureusement que nous avons
des guides car c’est un vrai plaisir de retrouver sur le papier les
spécimens que nous venons de croiser dans leur jardin…
Vers 15h, Michel et moi repartons plonger sur d’autres patates de coraux où
je discute un bon 1/4h avec un mérou de 1m ! L’endroit est magnifique et
lorsque je prends mon appareil photo sous-marin, je découvre que le
compartiment de la batterie est ouvert… catastrophe L’appareil est fichue,
il a bu la tasse, quelle galère !
Nous dinons le soir sur « Colorazul », encore un excellent moment tous
ensemble.
17/07/10
Nous avons lu dans le guide nautique qu’on peut pêcher des varos, espèce de
mollusque bizarre assez rare en dehors des Tuamotu. Il faut juste placer des
appâts sur des hameçons au bout d’une baguette de bois… Je plonge donc du
bateau avec masque, tuba et fusil sous-marin attaché à une bouée… Avec tous
ces requins, je ne suis pas trop rassuré… Je repère un beau mérou par 6
mètres de fond… Quand faut y aller, faut y aller !
Le poisson est lent et prend la pose pour se faire trouer la peau. Je lâche
immédiatement mon fusil et je nage jusqu'à l‘annexe comme si j’avais une
torpille aux fesses… Je n’ai plus qu’à récupérer ma proie avant que les
squales ne la boulottent…
Préparer des petits appâts n’est ensuite qu’une formalité. Pascale et Cath
regardent les nombreux poissons qui viennent manger les restes du mérou et
le requin ne tarde pas à s’inviter au déjeuner, toujours aussi
impressionnant.
Au programme de la journée, PMT sur de très belles patates de corail
encombrées de Bénitiers aux couleurs surprenantes. La pêche aux varos est
impossible vu le nombre de requin qui me tournent autour dés que je mets les
appâts à l’eau… Et quand ce ne sont pas les « pointes noires », ce sont
d’énormes mérous de plus de 1 mètre qui se jettent sur mes morceaux de
poissons…
Pascale est à nouveau dans l’eau, Cath se promène non loin. Tout ce petit
monde observe les anémones, les coquillages et les centaines de poissons
coralliens nullement dérangés par notre présence, Tu me diras, on ne leur
a pas demandé non plus leur avis !
Après-midi plage pour les filles et pêche dans la passe pour les garçons,
c’est trop dur la vie ici !
18/07/10
Réveil à 10h pour moi !
Départ vers la passe Nord de Fakarava en traversant l’immense lagon. « Colorazul »
et « Badinguet » naviguent ensemble et les photos sous-voile sont toujours
aussi appréciées. 28 milles dans des chenaux bien balisés par des piquets
rouges et verts. Il y a, malgré tout, quelques patates non référencées,
histoire de bien vérifier qu’on ne s’endort pas au volant !
Au mouillage, Il y a une quinzaine de voiliers et aussi nos amis
néo-zélandais et « La Catherine ». Le petit village de Rotoava est très
apprécié car on y trouve deux magasins et Internet version « escargot » est
accessible à la poste. Ca change du calme de la passe Sud !
TOAU
20/07/10
Après avoir mis à jour le site internet et fait quelques courses, c’est le
départ pour l’atoll voisin de Toau. 3 heures de navigation avec très peu de
vent de Nord-est. La passe est large et facile à négocier. Le premier
mouillage est celui du Nord, juste en face du village abandonné de Maragai
Il n’y en fait que quelques cabanes en décomposition en bord de lagon.
L’endroit est enchanteur, de belles patates, une eau turquoise et des
centaines de cocotiers qui s’inclinent sur l’eau calme pour saluer les
visiteurs.
Pas de vent + chaleur = moustiques et moucherons en pagaille et sous l’eau,
le spectacle est plutôt tristounet.
Cath a fait tomber ses lunettes de vue dans l’eau mais il est trop tard pour
plonger… Il faut quand même dire qu’elle se cogne la tête dans la bôme
d’artimon environ 3 fois par jour depuis son arrivée…
21/07/10
Le bateau à complètement tourné, le vent s’est orienté au Sud-est, presque
au sud, notre mouillage ne nous garantit plus la sécurité requise… Je plonge
un bon 1/4h pour tenter en vain de retrouver les lunettes des Cath puis nous
quittons la zone pour le mouillage Sud de l’atoll.
L’endroit où nous jetons l’ancre est magnifique. Une belle plage de sable
blanc, de l’eau claire à plus de 10 mètres, j’en connais qui vont encore
ramener des coquilles…
Michel et Carmen nous rejoignent vers 15h.
22/07/10
Là aussi, il y a quelques cabanes abandonnées sur la plage. La ferme
perlière située sur un motu a, elle aussi été désertée, les effets de la
crise se font ressentir jusqu’ici. Il reste néanmoins une petite activité
humaine, Kin, la trentaine, a quitté Tahiti avec sa femme est ses 4 enfants.
Ils vivent dans une cabane en bois sans eau courante ni électricité. De
l’eau de pluie, quelques plantations, la pêche quotidienne et les produits
de la vente du coprah leur suffisent pour acheter le strict nécessaire. Une
bouteille de gaz alimente une cuisinière sous un abri en tôle, 2 chaises en
plastique, des chats, un gros chien et 6 formidables sourires de gentillesse
sur une plage du bout du monde.
Kin est un puits de science pour nous, il connait chaque poisson, chaque
crustacé ou coquillage. Il entretient ses ressources respectueusement en ne
prélevant que le nécessaire. Chasse aux perroquets, pêche des becs de
cannes, des bonites et des carangues non ciguatériques Pêche à la langouste
sur le platier la nuit. Ramassage des caveux, gros crabes des cocotiers,
etc. S’il ne pêche pas, sa famille ne mange pas, c’est simple…
Il est 12h, Kin est dans le dinghy de Michel et nous partons à la chasse. La
petite ile à fleur d’eau émerge à peine du lagon et tout le monde saute de
l’annexe, fusil en main.
Le spectacle est extraordinaire, des mérous et des pagres de plus de 1m, des
perroquets géants, des napoléons et des licornes par centaines, le tout est
encerclé et surveillé de très près par des dizaines de requins gris et
pointe noire. Nous tirons peu de poissons force est de constater… Les
requins sont très proches et le dinghy est très loin…
Le soir, c’est le ramassage des caveux. Kin place à des endroits
stratégiques des moitiés de coco puis il faut attendre plusieurs heures. La
capture a lieu en pleine nuit dans l’épaisse jungle du motu. Les gros crabes
ressemblent à des tarentules géantes et sont agglutinés autour des appâts,
parterre mais aussi beaucoup dans les arbres. Leur vitesse de déplacement
est spectaculaire et gare aux doigts lorsqu’on les saisit, ils sont capables
de dépiauter une noix de coco en quelques minutes alors un orteil…
Bon, alors, maintenant, placez Carmen et Pascale, équipées d’une petite
torche, dans la jungle, en pleine nuit, au milieu de centaines de crabes
énormes qui courent dans tous les sens et qui grimpent aux arbres… Je vous
laisse imaginer l’état des tympans des crustacées… Ils n’ont jamais du
entendre autant de hurlements… Et nous non plus !
23/07/10
Après une longue chasse sous-marine avec Michel, je pars chercher les
enfants Toutini et Moeava pour pêcher du bateau. Ils apportent un seau de
bernard-l’hermite et je fournie les palangrottes. Il suffit d’arracher la
queue du crustacé pour la placer sur l’hameçon, le reste de l’invertébré
est écrasé au marteau pour servir d’amorce et ça marche à tous les coups…
Perroquets blancs, carangues, loches et becs de cannes se jettent sur les
lignes… Je ne vous raconte pas l’état du bateau après une partie de pêche
comme celle là, une heure de nettoyage !
Nous dinons tous ensemble à bord de Colorazul, caveux, beignets de poisson,
spaghettis et crêpes en dessert, le tout très très très arrosé !!!!
24/07/10
Cath et moi partons aider Kin et sa famille à nettoyer un peu la
cocoteraie. Le travail est exténuant, il faut ramasser les grandes feuilles
de cocotier tombées à terre et faire des tas tous les 10 mètres pour les
brûler. Au début, tu regardes ton tas avec admiration puis tu avances de
quelques mètres et tout est à refaire et il y en a perte de vue… La surface
est immense et le nombre de cocotiers incalculable, bref, ce travail est
sans fin… Complètement fourbus, nous rentrons au bateau et nous n’avons
travaillé qu’une heure, vive le coprah ! Il le vend 5€ le kilo et il faut
8000 cocos pour faire une tonne de coprah !
Nous passons l’après-midi sous l’eau à la recherche de coquillages « 7
doigts ». Pascale est vraiment de plus en plus à son aise dans l’élément
liquide. Alors que Cath ramasse des fichus coquillages, je trouve une
deuxième bouée échouée sur le motu, ça au moins, c’est utile !!!
Je termine les bernard-l’hermite qui me servent d’appât pour pêcher du
bateau. Un énorme Napoléon atterrit sur le pont. Un « napoléon » péché par
Badinguet, il fallait le faire !
Il s’avère que le Napoléon est une espèce protégée et de toutes façons, il
aurait été trop gros pour être consommé, alors on le
relâche juste après la photo. Les filets de
becs de canne terminent à l’eau après ½ heure de four car ils sont tout
simplement mauvais… On va manger du riz !
Pascale est fatiguée de sa longue nage contre le courant à la recherche de
« 7 doigts » mais le jeu en valait la chandelle, elle a trouvé un magnifique
spécimen sous l’eau.
Cath nous fait des crêpes en dessert.
Le vent s’est relevé et le mouillage est ballotté par 25 nœuds de vent
d’Est. Jean-François sur « Philippe » et « La Catherine sont arrivés à leur
tour dans notre repère…
25/07/10
Ca commence à faire un peu beaucoup de monde pour jouer les Robinsons, je
recommence à surveiller la météo et les horaires de marée car la sortie de
la passe risque de secouer un peu…
Nous mangeons tous à terre un excellent repas polynésien organisé par Kin et
sa famille et les copains sont toujours à siroter du rhum à 16h30… Un requin
pointe noire traine dans l’eau transparente de la petite plage paradisiaque,
les bateaux sont mouillés juste devant nous, le décor est parfait. Nous
partirons demain matin.
26/07/10
Le départ est donné à 7h45, il s’agit d’arriver à l’entrée de la passe pour
l’étale… Le seul problème, c’est que suivant les atolls, les inversions de
courant peuvent se faire plusieurs heures avant ou après les étales, nous verrons bien.
Et beh, c’est vite vu ! Le mascaret est puissant et les déferlantes
impressionnantes… Je n’ai aucune envie de poireauter à l’entrée à espérer
une éventuelle accalmie… En serrant bien à droite en sortant, ça à l’air
moins méchant, on y va.
Le courant est fort et 4 nœuds nous poussent aux fesses vers la sortie mais
aussi vers le centre du mascaret, je ne veux surtout pas me frotter à ces
déferlantes de 3 mètres… Moteur à 2800 tr/min, nous gardons le côté de la
passe et très vite, nous nous écartons de la zone dangereuse.
Il faut ensuite traverser cette barre le plus loin possible de l’entrée car
le courant porte très au large. C’est pendant ces 10 minutes que nous serons
le plus malmenés… Une vague de plus de trois mètres nous prend par le
travers et tout valdingue à bord, Badinguet se couche si violemment que
j’entends l’hélice sortir de l’eau… Heureusement que ça ne dure pas et très
vite, nous retrouvons l’océan et 25 nœuds de vent arrière, ouf !
3 heures plus tard, nous engageons l’anse Amyot. Il s’agit d’une petite
baie creusée dans le reef qu’on aborde par l’extérieur de l’atoll. On voit
les eaux turquoises du lagon juste devant le voilier mais on ne peut pas
passer… Nous sommes le seul voilier de la crique et il y a douzaine de corps
morts. Par deux fois, même en me penchant, je loupe les amarres qui sont
sous l’eau, impossible de les gaffer… Je râle un bon coup, les corps morts
sont faits pour simplifier la vie des navigateurs mais là ils la
compliquent ! Nous mouillons temporairement et Pascale descend dans l’annexe
pour rejoindre la bouée et me tendre les grosses amarres. Ca y est, on y
est !
Une navigation brève mais dense !
L’endroit est sympathique, beaucoup moins désertique qu’espéré mais la bonne
humeur et l’humour de Valentine compensent de très loin le paysage.
Valentine et Gaston sont des figures incontournables de Toau et même de
toutes les Tuamotu. Ils tiennent un petit restaurant sur la plage et leur
guinguette est connue de tous les marins… Sur pilotis, les pieds dans l’eau,
des coquillages pleins les étagères, des drapeaux du monde entier et des
photos pleins les murs, un endroit comme souvent, un endroit comme on aime…
Nous assistions au nettoyage des poissons au milieu des requins et des raies
puis c’est le moment de nourrir le bébé frégate qu’ils ont recueilli. La
petite bête n’a encore rien du « Batman volant » (comme dirait Maël), le
volatile a deux boules de duvet à la place des ailes mais côté voracité,
bonjour ! Ils boulottent des poissons entiers tendus par la main des
pécheurs locaux, sacré spectacle !
Valentine nous demande quand nous venons diner, je lui réponds que ça dépend
du menu… Elle rit de toutes ses dents et prononce le mot magique :
« langoustes », on s’est compris !
27/07/10
La météo se confirme, 30 nœuds de vent d’Est à partir du 30/07… Il va
falloir faire un choix pour assurer notre navigation vers Tahiti.
Le conciliabule est rapide et il est décidé que nous partirons demain matin
vers 3h en direction de Moorea et ses deux grandes baies du Nord. En fait de
conciliabule, pour être tout à fait honnête, je discute du sujet en priorité
avec moi-même puis, j’impose ma décision, eh, eh, eh ! C’est pas bien beau,
mais c’est ce que fait la capitaine !
La matinée se passe à poncer les coquillages et l’après-midi, nous partons
faire une petite trempette sur le récif côté lagon.
Les grains et les éclaircies se succèdent, Valentine a pris rendez-vous pour
sa cervicalgie à 16h aussi, je passe 30 minutes à travailler en excellente
compagnie. Vers 17h, je pars chercher Catherine et Pascale qui débarquent à
terre les bras chargés de bières et de cacahuètes pour l’apéro. L’ambiance
est à la détente et une série de parties de pétanque débute. C’est la
première fois que je sors la triplette des coffres de Badinguet et le
résultat est un peu limite… Il faut dire que jouer aux boules en compagnie
de Gaston sur un atoll des Tuamotu, c’est quelque chose… Pendant ce temps
là, Cath est assise aux côtés de Valentine qui lui demande…
-
Valentine : Ca te dirait de rester ici longtemps ?
-
Cath : Heu, Longtemps comment ?
-
Valentine : Pour toute la vie, en fait.
-
Cath : Et bien, j’ai une maman de 99 ans, un fils et deux petits enfants que
je garde souvent alors, ça me parait un peu difficile…
-
Valentine : D’accord ! Tu sais, c’est important de te poser la question car
il y a quelqu’un qui est intéressé par toi… Excuse ma question directe,
Catherine.
-
Cath : Non, pas de problème, mais je ne peux vraiment pas.
Et si tu observes un peu le fameux Philippe, demandeur de la main de ma
tante, tu pars même en courant des Tuamotu… Dire que j’ai failli laisser ma
tata sur un atoll du Pacifique avec Robinson Crusoé ! Pascale l’a pris en
photo pour que Mamie nous donne son avis…
La soirée se passe a préparer Badinguet pour la navigation de demain et un
départ nocturne. Le tangon tribord est en place et l’écoute de génois à
poste.
28/07/10
Il est 2h50, j’ai du mal à émerger mais il faut y aller… A 3 heures, sous
une lune presque pleine, Badinguet envoie toute la toile et navigue à 7
nœuds au grand largue par 15 nœuds de vent d’Est. Toute la journée sous
genaker et la nuit, je remets le génois par sécurité.
ILES DE LA SOCIETE
MOOREA
29/07/10
La nuit s’est bien passée, pas de grain, ni de mauvaise surprise. Nous
recevons un coup de fil de « Fidji » qui s’inquiète aussi pour le mauvais
temps à venir, nous nous retrouverons à Papeete début août.
Ca y est, Tahiti est en vue. Voila encore un rêve qui se réalise…
Lorsque j’étais enfant, mon oncle Jean-Claude m’avait dit que l’ile de
Tahiti est tellement haute sur l’eau que lorsque tu commences à
l’apercevoir, tu en as encore pour une journée de navigation… Et bien, pour
nous, c’est l’inverse, nous la distinguons vraiment au dernier moment sous
d’épais nuages gris. Il pleut sur les iles du vent de l’archipel de la
société. On ne distingue pas les sommets mais nous sommes a Tahiti, symbole
enfantin d’un paradis de l’autre côté de la terre…
En abordant le Nord de la passe entre Moorea et Tahiti, la canne à pêche se
plie violemment et le moulinet se dévide à toute vitesse, il faut stopper le
voilier rapidement. Le poisson a pris presque tout le fil mais je ne sers
pas le frein à fond, ca prendra le temps que ça prendra mais je veux ce
bestiau dans le congélo ! Les secousses dans la canne sont impressionnantes,
peut être un espadon. Le poisson remonte à la surface, ce n’est donc pas un
thon, et le voilà qu’il saute furieusement… Une magnifique dorade coryphène,
(appelé le Mahi-mahi ici) se fait gaffer à l’arrière de Badinguet…
Elle est de très bonne taille et le pari risque d’être gagné, 1m54 et 21
kilos. Soit exactement la taille de Catherine (pas son poids), on a pris un
poisson aussi grand qu’elle ! J’accroche le bestiau sanguinolent à la bôme
d’artimon et Cath se place à côté pour la photo, contrat rempli !
Badinguet engage le chenal de la baie d’Opunohu au Nord de Moorea puis
direction le mouillage derrière la pointe de Vaipahu où je trouve une bonne
place au milieu d’une quinzaine de voiliers en majorité américains. Il fait
un temps gris et bouché. Pas de soleil donc pas d’eau turquoise et les
pitons spectaculaires restent timidement derrière un voile nuageux… Sur la
petite plage de sable blanc, un groupe de jeunes picole en écoutant de la
musique à fond et quand je dis « à fond », cela signifie qu’il nous est
impossible de nous reposer de la nuit blanche qu’on vient de passer en mer,
vive la civilisation.
Nous regardons passer les voilures sur la route côtière comme si on
découvrait une nouvelle race d’animal, cela fait longtemps qu’on n’a pas vu
un véhicule à moteur...
Les tangons sont rangés, le genaker est plié, l’équipage est fatigué mais
heureux d’être arrivé.
Nous discutons longuement avec Franck, un guide du coin qui vit sur son
bateau depuis des années. Il nous explique toutes les combines, les bons
restos, les endroits pour nager et nous indique où aller nous promener
demain, génial !
Jean-Claude et Aline nous téléphonent, il vont passer leur voiture par le
ferry et nous emmener visiter Moorea dans quelques jours, quel accueil de
rêve !
TAHITI
En effet, le lendemain à 10h30, La voiture d’Aline et
Jean-Claude est garée le long de la plage. Comme je ne veux pas laisser
l’annexe sur le sable sans surveillance, i nos amis du catamaran « Confianza »
nous déposent à terre.
Et nous voilà partis pour un rapide tour de l’ile de
Moorea avec un délicieux repas au restaurant « Ti panier » offert par Cath
et Jean-Claude.
Ils repartent en fin d’après-midi et nous rejoignons
Badinguet pour nous reposer un peu avant de rejoindre Marie-Paule, Moira et
Pierre sur leur « PRIVILEGE 43 ».
Nous passons une excellente soirée et Moira, leur
fille en vacance m’explique que la navigation de mon site internet est peu
intuitive… Je sais qu’elle a raison mais je n’arrive pas à ordonner les
différentes pages. Les conseils et les idées qu’elle me donne sont tout
simplement géniaux. Je vais baser la navigation du site sur le temps et la
géographie avec des échelles de temps et du Mindmapping, à vos souhaits !
Dans les jours qui suivent, le mauvais temps
s’installe et 25 à 30 nœuds de vent chahutent les 20 voiliers du mouillage.
Le programme est assez simple, Parties de PMT à la recherche de coquillages
(on ne doit pas en avoir assez !), travail sur l’ordinateur avec Moira et
quelques randonnées « casse-pattes » sur les hauteurs qui surplombent le
lagon.
04/08/10
Le vent est tombé et nous pouvons aligner Tahiti.
D’abord au moteur puis à la voile, au près, dans la passe. Une belle bonite
« dents de chien » se fait prendre et Cath fait sa dernière navigation dans
d’excellentes conditions, ça change des navigations dures qu’elle a
rencontré jusque là !
Nous engageons la passe de Taapuna, puis nous
remontons le chenal balisé vers le plus grand mouillage de Tahiti. Il y a là
plus de 150 voiliers ancrés les uns derrière les autres et Badinguet
s’annonce à la marina Taina.
Philippe, un employé du port nous rejoint, s’assure du
bon fonctionnement de notre propulseur d’étrave et nous indique une place.
Nous sommes placés juste devant le restaurant « Casa bianca », entre deux
petits bateaux et la manœuvre est pointue mais avec un chausse-pied et un
peu de vaseline…
Badinguet est à quai, cela faisait longtemps… La
dernière fois remonte à Shelter baie avant le canal de Panama, il y a 6
mois.
La encore, nous sommes pris en charge par Aline et
Jean-Claude… Visite de l’ile, courses, et surtout d’excellents repas
préparés par Aline, Chomen, sashimi, etc.
Arrive le moment de faire les sacs… 46 kilos pour
chacune des passagères et certainement 80% du poids en souvenirs à ramener
en France… Des poteries Péruviennes, des lances marquisiennes, des Tikis,
des chapeaux « Panama » et bien sur, les très fameux coquillages, 7 doigts,
cônes, nacres et j’en passe…
07/08/10
Il est 5 heures du matin, J’entends la voix de
Jean-Claude qui nous appelle, le réveil n’a pas sonné !!!
Une demi-heure de speed plus tard et tout le monde est
dans les voitures pour l’aéroport. Pascale reviendra le 17/09 et Cath
retourne à une vie plus calme sans grosses vague ni coup de vent.
A partir du 08/08/10
Me voilà seul maitre à bord pour un moment et les
travaux d’entretien et de réparation du voilier m’attendent…
-Changement des 2 grosses vannes de sortie des cuves à eaux noires.
-Couture de la grand-voile.
-Vidange et changement des filtres, courroies et impelleurs des deux
moteurs.
-Nettoyage des échangeurs des 2 moteurs (complètement bouchés par les
coquillages (inutile d’aller en chercher sur les plages, y en a dans le
moteur !)
-Nettoyage et remise en état du teck du cockpit.
-Changement des rustines du dinghy (la colle ne tient pas longtemps
sous ce climat)
-Changement du kit d’entretien du groupe d’eau, des cylindre-blocs) et
remplacement du pressostat.
-Changement des joues de serrage du barbotin de guindeau
-Pose de flaps sur le moteur hors-bord…
Le tout, grandement aidé par Malou, Domi de « Catafjord »,
Isa et Patrick de « Fidji », Dany de « Ocean pearl » et surtout par
Jean-Claude, très présent et hyper efficace. Il est à la marina en une
demi-heure, me rapporte les pièces manquantes ou m’emmène faire des achats.
Il a réussi a me dégoter un mini étau, de la colle spéciale Zodiac, des
couteaux à filets et à chaque fois, il ramène des douceurs ou des cadeaux,
rhum, fromages, sauces, etc. Fantastique le tonton ! Je mesure à quel point,
j’ai de la chance de l’avoir tout près.
Comme il dit, le père-Noël passe tout les jours à la
marina !
J’ai de bonne nouvelles de Maël qui poursuit son
périple en Amérique du Sud et de Pascale qui est arrivée 24h avant ses
bagages à Carqueiranne.
Je retrouve aussi Chantal et Bertrand qui ont couru le
marathon des Marquises. Ils m’invitent au restaurant de la marina et me
donne beaucoup d’informations précieuses sur Papeete. Des gens formidables,
attentifs et toujours près à aider, voilà des terriens à l’esprit marin…
Aller, il faut que je me force à écrire un peu…
Pendant l’absence de Pascale, je suis retourné 2 fois à Moorea en emmenant
des amis et très régulièrement, j’ai manipulé et massé quelques tahitiens.
Financièrement, j’ai réussi à équilibrer mon séjour en faisant même quelques
bénéfices…
Leny et Loïc m’ont prêté leur voiture et Aline et Jean Claude m’ont choyé en
me nourrissant et me logeant souvent. La cuisine d’Aline mériterait
d’ailleurs de figurer dans les anales, tout comme la disponibilité et la
gentillesse de mon oncle Jean-Claude, très présent.
Au cours des escapades à Moorea, j’ai récupéré de nombreux coquillages,
retrouvé une amie d’enfance en compagnie de sa famille, crapahuté sur les
randonnées « des 3 pinus », « des 3 cocotiers » et « la route des ananas ».
J’ai plongé sur le spot où ils donnent à manger aux raies et aux requins et
je me suis même retrouvé sur les bancs du « Tiki village » à regarder des
vahinés bien nourries danser le tamouré… Bref, Moorea n’a plus beaucoup de
secret à dévoiler à mon goût… Mais les amis qui m’accompagnaient en ont
vraiment profité et c’est cela le plus important.
Pour être plus précis,
-j’ai aussi fait tomber a l’eau une pince électrique que j’ai du
récupérer en plongeant a 25 mètres avec le scaphandre.
-Je mes suis fait un joli œil au beurre noir en remontant sous la
coque rigide du dinghy.
-Je mes suis arraché un bon bout de doigt sur les coraux.
-Je me suis fait piquer 3 fois par les fameuses étoiles de mers
parasites. A ce sujet, j’ai vraiment eu peur que leur piqure soit venimeuse
mais non, vous pouvez y aller, ça se soigne très bien !
-On ajoute à cela la mort de la deuxième pompe de chiottes, le bac a
congélation qui s’arrache du coffre et on a fait le tour de mes séjours à
Moorea !
En revenant du deuxième séjour au cours duquel Loïc Tabarly, (le fils de
Françoise, la compagne de mon père, faut suivre !), s’est bien éclaté en
Kyte, nous avons rencontré les baleines… Non, non, pas les danseuses du Tiki
village, de vraies baleines à bosses qui longeaient le récif au sud de la
passe de Tahiti.
Il est vrai que le dimanche, inutile espérer rester en tête a tête avec les
cétacées, il y a beaucoup de monde sur l’eau et le spectacle de ces
pachydermes sous-marins attirent toutes sortes d’embarcations… Badinguet
s’est vite retrouvé cerné par des zodiacs, des vedettes, des kayaks et tout
un tas de baigneurs survoltés sautant et nageant entre les hélices à la
poursuite des mammifères.
Une heure plus tard, Badinguet quitte le dangereux troupeau et part vers le
large pour amorcer un demi-tour vers le Nord et surprise !!! Nous sommes
face à face avec une énorme baleine à bosse accompagnée de son petit… Loïc
enfile un masque et est déjà dans l’eau suivie de près par ses deux amies.
La baleine s’enfonce doucement sous la quille de Badinguet, indifférente aux
plongeons bruyants de notre petite troupe… Je distingue l’énorme masse
sombre et blanche glisser sous le voilier pendant que d’autres congénères
sautent hors de l’eau au large… Quel spectacle !
Nous voilà de retour au mouillage de Punaauia, il y a de moins en moins de
voiliers sur Tahiti et Moorea, il va être temps de songer a quitter la
Polynésie française.
Badinguet est mouillé à côté de « Catafjord », d’ « Eglantine » de Patrick
et Annie ELIES et bien d’autres encore….
Pascale est attendue sur le pont, il y a encore des terres à découvrir et
des bons petits plats à cuisiner…
Comme ils disent aux Marquises, C’est parti mon Tiki ! Pascale est de
retour sur Badinguet, l’équipage est au complet pour la suite du voyage…
Mais avant toute chose, quelques mots sur Tahiti…
Papeete est une ville peu attirante, vieillotte, parfois sale et souvent
impossible d’accès tellement il y a d’embouteillages…Mais voilà, il y a les
tahitiens, les Polynésiens, les Popas (blancs immigrés) et les Chinois
installés depuis plusieurs générations maintenant… Tout ce petit monde perdu
au milieu du Pacifique vit avec harmonie et s’il y a un gène commun, c’est
certainement celui de la gentillesse…
Tahiti nécessite du temps et de la patience et les 2 mois passés sur cette
ile nous ont enchantés. Merci à Bertrand, Chantal, Caro, Patrick, Charles et
sa famille, Leny et tous les autres. Et surtout Merci à Aline, Jean-Claude
et Loïc, ils font partis de notre famille à jamais. Juste un exemple…. Alors
que les préparatifs de départ sont terminés, nous recevons un coup de
téléphone d’Aline ?!?!
15 minutes plus tard, ils nous apportent un sac rempli de tous petits
poissons qu’on cuisine ici en beignets. Ces « ei’naa » se pèchent
à
l’embouchure des rivières uniquement en cette saison et franchement, s’il
faut se retaper la moitié d’un tour du monde pour déguster a nouveau les
plats d’Aline en compagnie de mon tonton Jean-Claude, on le fera ! Sashimi, Chaomen, Kai fan (riz cantonnais), Fou ka (légume local), rapiti et inutile
d’aborder le sujet des crêpes à la banane, j’ai pris 4 kilos !!!!
Tahiti restera aussi pour nous un mouillage paisible où les amis navigateurs
foisonnent et où bon nombre d’entre eux resteront toute la saison… Nous
laissons derrière nous des amis chers à nos cœurs… Salut Catafjord, Rackham,
Fidji, Micromegas, Mariposa…
Pour finir ce petit tour de piste, Tahiti n’est pas comme beaucoup
l’imaginent, Une combinaison permanente de ciel bleu, de soleil et de
chaleur… Juste avant le retour de Pascale, Alors que j‘hébergeais Patricia
et son fils Valentin (une amie d’enfance) j’ai essuyé pendant quelques
heures 45 nœuds réguliers de vent au mouillage de Punaauia… Les embruns, la
pluie battante et les vagues de plus de 1 mètre ont copieusement arrosés
Badinguet et angoissé le skipper transit de froid ! Pour illustrer le
tableau, je me suis retrouvé à veiller dans le cockpit avec fourrure polaire
et le gros ciré… La Bretagne en hiver quoi !!!
Au petit matin, un voilier coulé, pas mal de dégâts dans la marina, un grand
« ouf » et beaucoup de souvenirs pour mes invités…
Une dernière petite chose très importante avant de poursuivre… Pour faire le
tour du monde en voilier, il faut du temps, de l’argent, du courage, de la
persévérance, de la patience et ….. Du Rhum !!! Et nous n’en avons plus !!!!
Comme nous avons effectué notre sortie officielle du territoire, nous
pouvons bénéficier de prix détaxés sur l’achat de bouteilles d’alcool et
nous voilà avec 20 nouvelles bouteilles de rhum antillais, on l'a échappé
belle !!!!
23/09/10
Il est 10h30 lorsque nous engageons pour la dernière fois la passe balisée…
Punaauia est très protégée par vent d’Est et nous commençons notre périple
au moteur. J’aperçois au loin quelques bateaux à la dérive, il doit s’agir
de baleines et je change de cap en espérant que Pascale pourra approcher un
gros cétacé à bosses (autre que moi !).
La baleine est là mais impossible de se rapprocher… Lorsqu’elle sonde, on
peut faire une étoile et choisir sa direction au pif car elle ne ressort
jamais où on l’attend… A force de se tromper, nous laissons tomber les
baleines assez vite et reprenons le cap de Moorea.
Comme d’habitude, après avoir passé le rail des ferries Papeete-Moorea, nous
nous faisons cueillir pas 35 nœuds de vent et une mer forte par le travers.
C’est bien sûr au moment où je dis à Pascale, barbouillée, qu’il serait
malvenu de prendre un poisson dans ces conditions que la canne à pêche se
plie…. Badinguet est en travers de la lame, roulant bord sur bord à se faire
gifler par les déferlantes lorsque je remonte un petit thon rouge.
Vite, on renvois du génois pour s’appuyer sur le vent et engager une heure
plus tard la passe de la baie de Hopunohu que nous connaissons bien.
HUAHINE
26/09/10
Bip,bip,bip. Le réveil s’acharne sans compassion, il est 2h30 du matin. La
lune éclaire le mouillage de Hopunohu comme en plein jour, emprunter de nuit
la passe va être un jeu d’enfant. Il y a peu de vent et Badinguet glisse au
moteur entre les balises lumineuses. Adieu Moorea…
Plus au large, c’est une autre affaire, la mer est formée et 15 nœuds de
vent arrière nous poussent à 6.5 nœuds vers Huahine à 80 milles de là.
La navigation est dure et les mouvements de roulis du voilier ont vite fait
de mettre à mal la moitié de l’équipage et par la même, ma moitié à moi !
Pascale reste couchée toute la journée et ne se lève que deux fois, pour
m’aider à gaffer deux belles dorades coryphènes qui viennent combler les
petits espaces vides du congélateur !
Alors que nous contournons très largement la pointe Sud-ouest de l’ile, nous
apercevons de temps en temps, des montagnes d’eau et d’écume au niveau de la
barrière de corail… Plus nous approchons et plus le spectacle est
impressionnant. Des vagues de plus de 5 mètres se cabrent, pour déferler
avec puissance sur le récif, soulevant des colonnes d’embruns dans un
bouillonnement d’écume. Le bruit est assourdissant et Badinguet se fait tout
petit pour longer ces formidables vagues.
Nous remontons toute la côté Ouest de Huahine puis, nous apercevons, dans le
lagon, le gros catamaran de "Mariposa". Un petit coup de VHF et nous redoutons
déjà l’apéritif démesuré que nous risquons de prendre à leur bord. Nous les
suivons jusqu’au milieu de l’ile, près du motu Vaiorea. L’endroit est
enchanteur et le mouillage idéal sauf par vent de secteur Sud.
Et nous n'y coupons pas... Apéro sur "Mariposa" !!!!
27/09/10
Une nuit extrêmement agitée avec de nombreux grains, des trombes d’eau et
des rafales à 30 nœuds… Voilà, le mouillage est idéal mais la saison est
pourrie !
A 9h, coup de fil de Chantal de « Micromegas », ils arrivent à Huahine en
provenance de Raiatea et veulent nous inviter à la fondue !!! On maigrira
dans deux ans !
Vers 10h, nous nous déplaçons plus au Sud sous un ciel gris et chargé, en
baie d’Avea.
L’endroit est agréable malgré les rafales et Pascale m’accompagne le long de
la barrière de corail pour faire une petite heure de PMT. Le courant est
important car les énormes vagues qui se brisent sur le récif font entrer de
force des tonnes d’eau dans le lagon. Pascale remonte assez vite dans le
dinghy juste avant que je n’aperçoive 3 requins dont un grand « pointe
noir » très farouche (pas autant que ma plongeuse !)
Le soir sur « Mariposa » : Magret de canard - gratin dauphinois – chou cuit
dans la liqueur de cassis, marrons, burp !!!
28/09/10
Une jolie balade sur les crêtes qui surplombent le mouillage puis diner sur
« Micromegas » qui vient d’arriver pour déguster enfin….. La très fameuse
fondue au fromage de nos amis Suisses… Nous passons une excellente soirée en
leur compagnie, nos estomacs s’alourdissent encore un peu plus et comme il
ne faut jamais, oh non, jamais, boire de l’eau avec la fondue, nous n’en
buvons pas…
Chantal nous a même servi un petit verre de kirsch dans lequel il faut
tremper le pain avant de le baigner dans le fromage fondue… Hyper léger mais
délicieux, merci les amis.
A noter que je me suis tordu la cheville en descendant de la montagne sans
cheval et que j’ai une belle otite !
RAIATEA-TAHAA
29/09/10
Il est 7h30, Badinguet remonte « son seul pied à terre », son ancre, et
quitte le Sud de Huahine pour sortir par la passe Nord une heure plus tard.
La mer est désagréable comme elle sait l’être parfois, très peu de vent
arrière et une houle croisée de côté ! Tout ce qu’il faut pour barbouiller
Pascale qui a du mal a retrouvé son pied marin….
3 heures de roulis infernal plus tard, nous entrons par la passe Teavarua
dans le lagon qui entoure les deux iles de Raiatea et Tahaa. A peine
dépassées les bouées que nous voilà trempés une première fois par un méchant
grain En fait, toute la navigation dans le lagon se fait sous une pluie
battante qui vient nous gifler par 35 nœuds de vent arrière ! Pour nous,
Raiatea se résume à un grand nuage blanc et gris !
Nous appelons nos amis de « Fidji » qui travaillent désormais comme skippers
pour une société de charter et nous convenons de nous retrouver en baie de
Hurepiti, sous le vent de Tahaa.
La baie est profonde dans tous les sens du terme, elle pénètre loin dans les
terres et il a 35 mètres de fond ! Il existe juste une petite patate qui
culmine à 20 mètres de profondeur et les places sont chères. Je mouille au
ras d’un voilier Anglais avec 70 mètres de chaine. Je constate à quel point
la rouille a grignoté la fin de la chaine, nous la changerons en nouvelle
Zélande. L’effet Venturi s’en donne à cœur joie et le ciel menaçant finit de
nous décevoir un peu plus de ces iles sous le vent…. Trop d'hôtels, trop de
touristes, peu d’accès aux plages qui ne soient pas privés et désormais, des
voiliers de location à gogo !!!! Il y deux bases « Sunsail » et « Moorings »
à Raiatea et nous voilà à nouveau entourés de marins d’eau douce… Si
seulement, il faisait beau !
A 14h30, il ne pleut plus mais l’annexe reste accrochée aux bossoirs, nous
avons la flemme d’aller à terre, nous préférons attendre nos amis qui
devraient arriver sur un catamaran « Eleuthera » de 60 pieds chargés de
touristes fortunés…
Une heure plus tard, nous sommes en annexe à l’arrière du gros catamaran de
charter et nous dégustons en buvant un tee-punch en douce avec Isa et Patrick pendant
que leurs clients pointilleux boivent l’apéro de leur côté, jetant un œil
réprobateur en direction du skipper et de l’hôtesse…
30/09/10
1h20 du matin… Le vent hurle dans les haubans et soudain, le choc ! Un bruit
sourd, différent de celui de la chaine dans le davier… Pascale sort
rapidement à l’extérieur et m’appelle.
- Pascale : Vite, le dinghy, vite.
En 3 secondes, nous sommes sur le pont, moi, nu comme un vert et pascale
habillée en cosmonaute armée d’une frontale. L’annexe s’est renversée et se
retrouve plaquée contre le balcon, le moteur est carrément passé de l’autre
côté et tout ce qui était dedans est parti dans les airs. Entre deux rafales
à 40 nœuds, nous remettons l’annexe en position horizontale puis à l’eau,
bouchon ouvert pour qu’elle se remplisse et qu’elle s’alourdisse. Badinguet
louvoie énormément et le hurlement du vent nous stresse de longues heures.
Nous finissons la nuit dans une « léthargie vigilante » et épuisante….
A 7h, nous sommes debout tous les 2, bien décidés à se sauver d’ici au plus
vite.
Patrick nous a conseillé de les suivre car ils vont mettre à
tremper leurs touristes au « jardin de corail » et ils auront un peu de
temps à nous consacrer avant notre départ pour Bora-Bora..
Il nous faut bien 1/4h pour dépêtrer notre mouillage du corail puis nous
suivons le gros multicoque jusqu’au motu Tautau. Nous restons une bonne
heure à profiter de nos chers amis puis c’est le départ en direction de la
mythique Bora-Bora…
La navigation est idéale, 25 nœuds de vent dans le
derrière, que du bonheur !!!
BORA-BORA
Passant à 8 nœuds du grand largue au près, nous contournons le Sud de la
barrière de corail et nous voilà devant la seule passe de l’ile et, au
moment d'engager le chenal, le moteur ne démarre pas !
Il faut que je vérifie certains points, j’enroule toutes les voiles et
laisse Badinguet dériver sous le vent de la passe Teavanui…. Le gasoil
arrive, le circuit de refroidissement va bien et la batterie de démarrage
est chargée… Je suis loin d’être un spécialiste des moteurs diesel et j’ai
vraiment besoin d’aide…. Inutile d’appeler mon père, il est 2h du matin en
France, je téléphone à Domi de « Catafjord » mais personne ne répond,
les unités de notre mobicarte sont épuisées et c’est Patrick de « Fidji » qui nous
vient en aide avec une efficacité remarquable. Suivant ses conseils Je donne
quelques coups de marteau sur le démarreur mais rien n’y fait et nous
dérivons vite vers le large... Si près du but…
Il va falloir prendre des décisions car on ne peut pas rester indéfiniment à
attendre un hypothétique bateau pour nous prendre en remorque. Il est hors
de question que je lance un message de détresse aussi, nous décidons de
rentrer dans le lagon à la voile. Il y a 30 nœuds de vent dans la passe et
Badinguet réagira bien au près dans ces conditions, c’est jouable ! La seule
inconnue est la suivante, comment est le vent dans le lagon, lorsque nous
zigzaguerons entre les balises ???
Il n’y a que 15 mètres de fond dans les chenaux et si le vent refuse, nous
pouvons mouiller d’urgence à tout moment, on tente le coup !
Pas question de s’encombrer de l’artimon, juste génois et GV !
Un virement de bord très moyen, puis deux, puis trois et enfin, Pascale et
moi devenons très efficaces et il était temps car il faut virer toutes les 3
minutes, la passe est étroite mais tout va très vite avec 35 nœuds de
vent au près. Une fois le goulet dépassé, le terrain de jeu s’agrandit et se
complique un peu. Il faut se donner de l’angle par rapport au vent pour
pouvoir manœuvrer entre les bouées et nous rasons les hauts-fonds, toujours
prêts à mouiller en catastrophe en cas de bascule de vent.
Badinguet gagne du terrain et nous approchons de la zone de mouillage
abritée et comme elle est abritée, le vent tombe complètement. Nous
mouillons en désespoir de cause par 6 mètres de fond entre une bouée rouge
et une verte, en plein milieu du chenal !!! Ca ne se fait pas mais nous
sommes en sécurité et le plus dur est fait ! Il reste 200 mètres à faire
pour être dans les clous et avec notre annexe, on devrait pouvoir tirer ces
20 tonnes dans l’aire de mouillage.
Nous mettons donc le dinghy à l’eau et le moteur hors-bord est à peine à
poste lorsque j’aperçois une barque motorisée qui va passer non loin de
nous.
Ils répondent vite à mes signes et acceptent de nous remorquer sur quelques
centaines de mètres. Aussitôt dit, aussitôt fait, les 120 chevaux de nos
« sauveurs » nous déplacent et nous permettent de mouiller au bon endroit.
Nous avons presque l’impression qu’il ne s’est rien passé tellement nous
nous sommes concentrés sur les manœuvres. On peut enfin souffler, nous
sommes ancrés a l'abri et nous nous sommes très bien débrouillés, engager
une passe contre le vent et se faufiler entre les récifs jusqu’au mouillage
sans moteur, fallait oser !
Un petit coca bien frais et je descends dans la soute pour vite constater
que les soucis viennent du démarreur. Nous entendons alors…
-Eh, Badinguet, vous êtes là ? !!!!
Pascale sort et découvre François et Geneviève de « Ultreïa »… Ils nous ont
vu arriver à la voile puis nous faire remorquer et n’ont compris que c’était
nous que lorsque nous étions en sécurité au mouillage !
Patrick nous rappelle au même moment pour nous dire qu’il va annuler
l’alerte qu’il a lancée dans les clubs de plongée de Bora-Bora, ils ont tous
de grosses embarcations sur-motorisées qui auraient été capables de nous
remorquer. Nous le remercions longuement pour son efficacité et son très
précieux soutien.
Et c’est vrai qu’en levant un peu la tête de nos préoccupations du moment,
il y a « Sundance », « Yovo » et « Ultreïa » juste à côté de nous, nous
voilà superbement entourés !
Josselin de "Sundance" s’y connait bien en moteur et reste persuadé qu’il
s’agit d’un problème de connexion électrique bien que notre Yanmar lui
paraisse très bien entretenu. François de « Yovo » me confirme que 90% des
problèmes électriques d’un bateau sont des problèmes de mauvais contacts…
Au boulot, je retire toutes les connexions et tente en vain, de démonter le
démarreur. 2h de galère plus tard, le Yanmar ronronne à nouveau ! La petite
cosse du « + » du solénoïde était corrodée ! Comme quoi, une cosse de 3
millimètres par 5 peut faire couler un bateau de 16 mètres en le privant de
sa manœuvrabilité au mauvais moment ! Tout ça pour ça !!!!
Nous finissons par boire un apéritif bien mérité sur « Ultreïa », quel
plaisir de les retrouver à nouveau.
Nous nous couchons fatigués mais rassurés. La longue plainte du vent
accompagnée d’un chapelet interminable de grains martyrise les dormeurs une
nuit de plus…
01/10/10
Réveil tardif puis un
grand tour d'annexe pour jeter un œil de l'autre côté de l'ile. Le "jardin
de corail", le "lagoonarium" et j'en passe, et des flopées de touristes en
maillots qui jouent avec les petits poissons. Bora-Bora est une ile
magnifique et reste la première destination touristique de la Polynésie. Une
fois qu'on le sait, on accepte un peu mieux tous ces hôtels de luxe dont les
bungalows sur pilotis occupent la presque totalité des plages du littoral.
L'après-midi, nous
accompagnons nos amis à quelques encablures du mouillage pour nager quelques
minutes avec de nombreuses raies très câlines... Apres un terrible hurlement
digne du "loup garou de Londres", Pascale remonte dans l'annexe à la vitesse
d'un missile Exocet ! J'ai beau lui expliquer
qu'il n'y a aucun risque et que les raies adorent les caresses, elle reste
cramponnée à l'annexe.
Les organisateurs leur ont même coupé le dard pour
éviter tout risque d'accident avec les touristes. D'où
le proverbe bien connu
des Polynésiens !
-"A
Bora-Bora, Quand, vient le soir, gare à ton
dard"
02-03/10/10
Nous restons au
même mouillage, bien à l’abri des nombreux grains qui continuent à arroser
les iles sous le vent. « Yvonne », des amis anglais (et oui, c’est possible)
accompagné de « Mariposa » viennent compléter la petite troupe que nous
formons déjà.
Chacun vaque à ses
préparatifs, pour nous il s’agit de mettre le site à jour et de faire le
plein de fruits, de légumes et d’essence pour le moteur de l’annexe.
La météo se
confirme, la pétole s’installe sur l’archipel à partir de lundi, nous
partirons pour Maupiti demain.
Une dernière
plongée avec tous nos amis en dehors su récif pour nager au milieu de
dizaines de requins « pointe noire » et de quelques imposants requins
« citron ». Le spectacle est impressionnant, où que je regarde, les requins
sont présents dans mon champs de vision. Au diable mon otite, je descends un
peu pour les photographier de près, séquence frissons garantis !
Nous téléphonons à
Maupiti pour savoir si la passe est praticable et la réponse est positive,
on peut y aller sans crainte.
MAUPITI
04/10/10
Badinguet engage la
passe de sortie vers 6h15, le vent a tourné au Nord-est, une fois n’est pas
coutume.
J’envoie le genaker
lorsque pascale émerge à son tour, réveillée par les mouvements du voilier
qui rejoint le large.
Vers 10h20, nous
approchons de l’étroite passe Sud de Maupiti et les déferlantes ont l’air
dangereuses… Le chenal d’accès au lagon de cette ile est redouté pour être
extrêmement agité lorsque la houle vient du Sud et le risque de se retrouvé
coincé à l’intérieur est à prendre très au sérieux !
Un catamaran qui
nous a doublé en chemin décrit de grands cercles au large de la barrière de
corail et je commence à douter que nous puissions entrer. Alors que je tente
de placer Badinguet dans l’axe exact de la passe, un grain nous rince
copieusement mais j’en ai vu suffisamment pour tenter le coup. Pascale est à
la table à carte pour m’annoncer les profondeurs et la trace lorsque je
glisse Badinguet entre les grandes vagues qui déferlent de chaque côté des
balises. Le catamaran hésitant n’attendait que cela et le voilà qui engage
juste derrière nous le passage délicat.
Nous sommes très
vite à l’abri et le chenal qui mène au lagon est magnifique. Maupiti nous
accueille avec sont majestueux piton rocheux qui plonge directement dans une
eau turquoise. Voilà une ile qui vaut le détour !
Quelques patates de
corail nous obligent à zigzaguer et en rangeant les tangons, je tire
brusquement l’écoute de genaker qui filait à l’eau et mon poing passe à
quelques millimètres du nez de Pascale… Le seul problème, c’est que sur son
nez se trouvaient ses lunettes de soleil corrigées, antireflets,
polarisantes et d’après sa réaction, en diamants 18 carats
Nous remontons le
lagon pour apercevoir deux voiliers au mouillage Nord et il y a un catamaran
qui nous semble bien familier. Badinguet navigue par 3 mètres de fonds dans
une immensité turquoise et transparente… L’ancre quitte son davier et
s’enfonce profondément dans la farine, un mouillage de rêve !
Incroyable, c’est
« Rackham ». Nous mouillons juste à côté de lui et le multicoque de la
compagnie « Sunsail » qui nous suit depuis la passe se glisse à côté de
« Badinguet » pour nous crier « merci » ! Je leur demande pourquoi et ils
m’expliquent que c’est la première fois qu’ils s’engagent dans une telle
passe aussi nous remercient-ils d’avoir ouvert le chemin !
Sympa de leur part
mais pour nous aussi, c’était la première fois !
Nous retrouvons
contre toute attente, Henri et Danielle et nous sommes vraiment heureux de
les avoir avec nous une dernière fois avant notre départ. Nous terminons
notre séjour en Polynésie française en apothéose… Le coin est fabuleux et
authentique et nous avons à diner nos très chers amis.
Dans l’après-midi,
nous partons de l’autre côté de l’ile en leur compagnie pour atterrir sur
une plage paradisiaque où nous déjeunons de brochettes de maï-maï et de
frites en regardant un curieux spectacle… Les rares touristes de Maupiti
traversent les 500 mètres de lagon à pied avec de l’eau jusqu’aux cuisses et
sous un soleil de plomb parce que c’est marqué dans le « guide du routard ».
Il n’y absolument rien à faire sur le motu qui borde le récif mais
l’aller-retour sous le cagnard semble être l’activité en vogue du moment !
Nous retournons à
bord pour terminer l’après-midi à discuter avec passion d’histoires salées.
Pascale nous
prépare un excellent poisson cru à la tahitienne puis la soirée ne
s’éternise pas. Danielle et Henri partent demain à l’aube car le vent est
faible et les conditions sont bonnes pour retourner à Bora-Bora. Quand à
nous, debout depuis 5h30, nous retrouvons nos couchettes avec une certaine
jouissance, c’est vrai que demain, on ne travaille pas, c’est grasse
mat !!!!!
05/10/10
Un coup de corne
nous tire de nos rêves à 6h30… « Rackham » nous rase les moustaches et s’en
retourne vers Bora-Bora. Nous leur faisons de grands signes d’au revoir,
nous voilà désormais seuls au mouillage de Maupiti, snif !
Sur les conseils de
Danielle et Henri, nous partons vers 9h30 pour grimper tout en haut de
l’ile, soit 372 mètres de dénivelé et ça monte hyper raide !!! On dirait
deux petits vieux tuberculeux tellement nous crachons nos poumons mais nous
y arriverons quand même… Au sommet, la vue à 360° donne le vertige. Que de
bleus et de verts, nous sommes émerveillés par le panorama. Nous faisons la
connaissance de Laetitia et Quentin, en voyage de noces en Polynésie et nous
sympathisons rapidement. Il faut dire que devant un tel spectacle, on ne
peut que partager ses impressions…
Nous passons 2
heures à faire la sieste puis 2h de nage dans le lagon à la recherche de
coquillages. En fait, je suis dans l’eau et Pascale est dans l’annexe pour
récupérer mes trouvailles…
Quentin et Laetitia
viennent à bord pour visiter et boire une bière et je me souviens d’une
anecdote.
Il y a quelques
années, nous étions au Guatemala avec mon ami Yves et plus précisément à
Livingston qui se situe à l’embouchure du fleuve « rio dulce ». L’équipage
d’un voilier américain, mouillé devant la plage, nous a invité à boire une
bière à leur bord… Nous avions 26 ans et je conserve de cette rencontre un
souvenir très précis. Ce jour là, une petite pierre de plus est venue
s’ajouter à mon projet de faire le tour du monde.
J’ose espérer que
nous apporterons, à notre tour, une petite pierre à la construction du
projet de Laetitia et Quentin et nous leur souhaitons de réaliser leur rêve
au plus vite.
06/10/10
Après quelques
courses au petit village de Maupiti, nous déplaçons Badinguet derrière le
motu qui délimite au Sud la passe d’entrée. Je m’assure que celle-ci est praticable
avec le vent annoncé et c’est le cas, nous partirons demain pour le « far
ouest » !
Pascale traine sur
la plage pendant que je barbotte au milieu des coraux puis vient l’heure des
préparatifs de départ… Remonter l’annexe et le moteur, installer les
tangons, etc.
07/10/10
Badinguet aligne
les balises de sortie avec un peu d’appréhension… Le voilier escalade puis
dégringole une houle puissante mais qui reste sage… Comme si elle ne
demandait qu’un peu de vent de Sud-est pour déferler et prendre au piège les
visiteurs imprudents de la belle Maupiti…
Ca y est, nous
sommes dégagés, bien au large avec suffisamment de vent pour envoyer genaker
et génois tangonnés chacun de leur côté…