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Les iles San Blas du 28/11/09 au 05/02/10
LES ILES SAN
BLAS

28/11/2009
Une nuit voilée, avec de nombreux éclairs, comme des flashs au
dessus des nuages qui masquent la lune…
Pascale fait un quart de 4 heures, royal ! J’assure le reste et la
réveille vers 7 heures pour pouvoir un peu fermer les yeux à mon
tour. Le ciel reste plombé et la mer formée. Badinguet avance comme
une torpille vers l’archipel paradisiaque.
Les San Blas Sont en vue lorsque la ligne de traine part comme une
furie…
Pascale enroule génois et grand voile pendant que je tente de
ralentir la fuite du fil en serrant le frein. C’est assurément
encore du gros !
Depuis que nous sommes partis, jamais un poisson ne m’a donné autant
de fil à retordre… celui-ci m’a tout fait, des bonds à plus de 1
mètre de la surface, il a doublé deux fois le bateau, puis est
retourné vers le fond en reprenant une bonne cinquantaine de mètre
de fil ! Mais le pire ce sont ces à-coups incroyables qu’il a donné,
peut être une trentaine, j’ai du me cramponner à la canne pour ne
pas la perdre, comme des coups de tête ou de queue, je ne sais pas
mais chaque fois c’était hyper violent… Lorsque j’ai enfin pu le
gaffer et le hisser à bord, le wahou était mort, il a tout donné
dans sa lutte et je n’ai pas eu à sortir le gourdin ou la bouteille
de rhum. 18 kilos et 1m45, quel beau combat et quel beau poisson !

Nous contournons cayo hollandes et nous engageons la passe entre les
cailles, de nombreux bateaux sont au mouillage, nous allons jeter un
œil…
Les Biquets sont là et Rackham est mouillé à quelque mètres d’eux,
les autres voiliers sont pour la plupart américains… Nos amis
viennent nous accueillir et Pascale leur donne deux belles parts de
wahou. « Voyage » et « Rackham », les deux catamarans ont des
avaries sérieuses, ils ont tous les deux pris des troncs d’arbres en
navigation… Les biquets ont leurs deux bagues de safran en téflon
cassées, Danielle et Henri ont à nouveau plié leur mèche de safran…
Finalement, on est très content de ne pas être en cata !
Je change les membranes du déssalinisateur et voilà que je casse net
le connecteur du tuyau haute pression du déssalinisateur, mais
pourquoi ai-je forcé sur cet écrou ? La pression est telle que
toutes les tentatives de réparation se soldent par de puissants jets
d’eau dans la soute…
Biquette nous invitent à l’apéro ce soir, nous préparons un peu
d’espadon et du wahou en carpaccio. La lune brille et illumine le
mouillage, onze bateau se partagent ce bel espace, Badinguet veille
à quelques encablures, il parait immense… Philippe et Pascale (les
Biquets) ont préparé du planteur et mis la musique à fond, Johnny
Halliday, Eddy Mitchell, Michel Berger, La tortue, et tout un tas
d’autres tubes envoutants. Nous sommes dans un mouillage du bout du
monde, au beau milieu de 5 iles encombrées de cocotiers et quelques
voiliers, le tout, derrière une immense barrière de corail… La sono
est excellente et les rythmes finissent par occuper une place de
choix dans nos cerveaux embrumés par l’alcool, nous crions, hurlons,
chantons, dansons, et nous finissons tous à poil dans l’eau tiède
des San blas. Biquet est encore plus déchainé que d’habitude et ce
n’est pas peu dire… Il est bon de nager dans ces eaux claires en
pleine nuit… Badinguet est bien visible sous la lune, il est si
grand, si beau, mon esprit s’échappe, s’envole au dessus du
mouillage, l’endroit est extraordinaire, la barrière de corail nous
protège et le vent a baissé, nous y somme enfin dans ce petit coin
de paradis…
29/11/2009
Réveil avec un sacré mal aux antennes… Un doliprane plus tard,
j’attaque le tuyau haute pression du déssalinisateur par la face
Sud ! J’engage en force la tétine et bloque tout ça avec un collier
et du scotch ! Et ça tient, pour le moment… Le déssalinisateur
fonctionne parfaitement, nous le rinçons pendant une bonne heure
pour éliminer les produits de stockage des membranes. Je pratique
les premiers tests pour vérifier la qualité de l’eau, 350 PPM,
impeccable, on va avoir de l’eau douce à foison, tant que tient ma
réparation !
Henri vient me chercher vers 10h pour notre première chasse
sous-marine, je tombe nez à nez avec un beau requin nourrice et une
raie de plus de 2m mais rien à tirer… Henri, grand chasseur, a
fléché un gros pagre rose de 4 kilos. Il faut dire qu’il descend
facilement à plus de 15 mètres pour faire ses agachons… Il tient une
sacrée forme et je suis incapable de rester longtemps sous l’eau à
plus de 10m… Du coup, je me rabats sur les langoustes et 2 petits
crustacés terminent leur vie sous mes flèches…
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Dans l’après midi, nous partons avec Pascale faire un tour en
annexe. Il y a très peu de fond par endroit et nous longeons à
faible allure (pour ne pas abimer l’hélice en cas de choc) les
coraux qui bordent les nombreuses petites iles encombrées de
cocotiers. Pascale a mis son maillot de bain, il y a de magnifique
plages de sable et là, pas de chance, le truc qui ne fallait pas !
Nous passons au dessus d’un très gros requin nourrice et comme
l’hélice lui a frôlé le dos, il part à toute vitesse le long de
notre annexe… Inutile de vous dire que Pascale a très bien vu qu’il
faisait la même longueur que notre dinghy, soit 3 mètres.
-
Pascale : Je ne me baigne pas là dedans !
-
Nicolas : Mais c’est un requin nourrice, il est inoffensif.
-
Pascale : peut être mais je ne me baigne pas là dedans !
Le soir, nous dinons sur « Rackham », au menu pagre et wahou. Nous
rentrons sur Badinguet fatigués, demain, nous mettrons un peu d’eau
entre Badinguet et les autres voiliers, nous avons besoin et envie
de jouer les robinsons et l’archipel s’y prête à merveille…
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01/12/209
Nous partons avec Rackham en direction de Porvenir, la seule ile des
San Blas où se trouve une autorité pour effectuer les formalités. 3
heures d’une navigation de rêve plus tard, nous plantons notre
pioche devant une minuscule piste d’atterrissage, nous y sommes… Un
beau thazar de 1 mètre s’est encore un peu trop approché de
Badinguet et 11 kilos de poisson en plus dans le congélateur… Nous
descendons à terre avec Henri et Danielle, le coin est incroyable,
un petit aérodrome du bout du monde tenu par des indiens, des femmes
en tenue traditionnelle nous présentent quelques molas (pièces de
tissus cousues artisanalement) et un petit resto en bord de piste…
Pascale m’achète deux chemises décorées avec des pièces de tissus
«façon molas » et nous effectuons les formalités au seul bureau de
l’archipel. Les Kunas sont de petite taille, environ 1m60, ils
sourient peu, ne disent jamais « merci » et on sent toujours une
certaine distance, un léger retrait de leur part, nous sommes quand
même à des années lumières de leur mode de vie, hélas !
Nous retrouvons « Téou » qui fait également son entrée, nous les
avions rencontré au CVD à Dakar, ils ont sont à leur troisième tour
du monde… Nous profitons de cette courte escale pour poser nos
poubelles, c’est un des rares dépôts officiel, pour le reste de
l’archipel, le plus écologique est de se trouver une plage déserte
(et il y en a des centaines) et de faire bruler tous ses déchets…
Rackham et Badinguet quittent le mouillage ensemble et après 30
minutes de près serré, nous mouillons à nouveau à Cayos Lemones, juste
à côté d’une ile magnifique avec une plage magnifique, un hôtel
magnifique et nous aussi, on est magnifiques dans ce décor de ouf !
Nous dinons tous à bord de Badinguet, au menu ; carpaccio de wahou,
de thazar et d’espadon, le tout avec des petites pommes de terre
sautées et Pascale nous fait des crêpes en dessert, un régal… Henri et
Danielle sont vraiment extras et nous passons une excellente soirée
en leur compagnie. La lune est pleine, le cadre magique, j’écris un
peu, Pascale attaque une vidéo sur le dernier lecteur multimédia en
fonction, l’autre a rendu l’âme hier…
02/12/2009
Réveillés par des Kunas qui veulent vendre d’énormes langoustes et
Lisa, la très fameuse travestie « master mola maker » (maître
fabricant de Mola), excusez du peu, nous émergeons vers 8h.
Nous partons en annexe à la découverte des petites iles qui nous
entourent, certaines sont habitées par des indiens, d’autres
uniquement par les moustiques… Nous nous régalons à filer sur les
entendues d’eau calme entre ces petites iles plates couvertes de
cocotiers et de huttes Kunas. Les indiens nous saluent, leurs
enfants s’enfuient en nous voyant débarquer puis reviennent
timidement à l’invite de leurs ainés. Ils rentrent de la pêche ou
réparent leur pirogue à l’ombre des palmiers pendant que leur femmes
cousent les traditionnels pièces de tissus colorés.
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Sur une des iles plus au Sud de Cayo Lemon, nous franchissons
prudemment la barrière de corail pour accéder à une petite plage car
un vieil indien nous fait signe d’atterrir.
Plusieurs femmes sortent de leurs huttes avec des dizaines de molas
qu’elles étendent sur le sable, la transaction débute entre les
cages à cochons et les nombreux enfants du village… Une petite fille
nous apporte même un bébé tortue de mer ! Les plus jeunes sont les plus
effrayés, est-ce par les lunettes de Pascale ou sa couleur de
cheveux, ou sa tenue, ou ses tongues, on ne saura jamais. Peu
d’entre eux parlent espagnol et la communication est parfois
difficile sachant qu’ils sont très peu expressifs…
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Le prix est très en dessous de ce que nous avons entendu et nous
achetons 4 très beaux Molas cousus sur 10 épaisseurs de tissus
(10$/chaque). Je sympathise aves « Douo », le pêcheur et nous
convenons que nous les remorquerons jusqu'à Badinguet pour effectuer
du troc avec Pascale. Douo est accompagné d'une de ses filles « Yadixene »,
terrorisée par notre voilier. Ils restent donc dans leur barque
pendant que je lui donne 40 brasses de fil de nylon aves des
hameçons et Pascale des fringues qu’elle ne met plus (et qu’elle n’a
jamais mises d’ailleurs, et Toc !). En échange, il nous donne encore
4 Molas un peu défraichis, cool !
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L’après midi, Pascale se baigne sur un petit banc de sable et nous
partons chasser avec Henri et Danielle. Je transperce de part en
part un beau barracuda et le poisson arrache l’ardillon sensé le
retenir, je suis vert ! C’est la première fois que j’applique à la
lettre les bons conseils de notre ami, hyper-ventilation,
décontraction, silence, choix du terrain pour l’agachon, etc. Bien
évidemment, lorsqu’on a plus de fusil utilisable, un gros paquet de
magnifiques carangues, pagres, thazar maquereau vous passent sous le
nez, je rage ! Je récupère mon petit fusils, « le langoustier » et
je plante cinq toutes petites langoustes (on dirait des
langoustines…), je sais, il ne faut pas, mais c’est trop bon !
Pendant ce temps, Henri a encore une fois tiré une très belle pièce,
une grosse carangue atterri dans l’annexe, chapeau bas !
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Il est 17h, le soleil commence à décliner, je repars mes deux fusils
avec une nouvelle flèche avec un système d’élastique pour le grand
et une nouvelle cordelette pour le langoustier. Je suis fin prêt
pour demain, espérons juste que mes sinus vont tenir le coup car
tout à l’heure, j’ai vraiment eu mal en dépassant 10 mètres.
03/12/09
Vers 9h, départ pour la chasse avec Henri, mon mentor en la matière…
Nous envoyons le grappin de l’annexe dans les coraux et tout le
monde à l’eau… Pascale est restée à bord. Mes sinus frontaux
continuent à me jouer des tours aussi, les canards profonds sont à
éviter, je reste sur le bord du tombant pour chercher des
langoustes. J’en tire deux puis en cherchant de plus en plus profond
sous les coraux, j’aperçois un énorme crabe des San Blas et pan ! Il
est rouge et ressemble à une grosse araignée bretonne mais avec des
pinces conséquentes (et donc pleine de chair…) comme un
crabe-araignée ! Je tire deux gros crustacés et finis par coincer ma
petite flèche au fond d’une cavité (avec une petite langouste
empalée entre les 2) ! Trois quarts d’heure pour récupérer ma flèche
et j’ai, hélas détruit un beau massif corallien au passage. Mais il
s’est bien vengé car j’ai encore quelques belle plaques urticantes
causées par le corail de feu, il porte bien son nom celui là !

En tous cas, je me réjouis à l’idée que Maël et son amie Gaëlle
viennent découvrir une flore et une faune sous-marines
exceptionnelles. Quand à papy Jean et Françoise, ca va sacrement les
changer des iles vierges mais peut être pas de Quiberon qui reste le
plus bel endroit de la planète terre, certains disent de la
galaxie……
Henri, comme à son habitude, remonte des profondeurs un gros baliste
qu’il nous donne amicalement. De retour à bord, je prépare le
poisson pour le repas de ce soir et Pascale fait cuire les deux
crabes et les langoustes. Danielle repart en France pour deux
semaines, nous passons à leur bord pour lui dire au revoir, nous
leur donnons un crabe et nous partons au près serré vers l’Est et
une autre ile paradisiaque…
Il n’y a personne au mouillage Ouest de Coco Bandero. Nous avons
placé Badinguet entre une grande caille qui émerge à peine et une
ile couverte de cocotiers, juste devant nous légèrement sur bâbord,
une autre ile de quelques mètres carrés, surmonté d’un seul arbre.
Les pélicans arrivent par dizaines pour pécher autour du bateau, une
petite brise de Nord-est nous rafraichit, le soleil décline en
rougissant, les ombres s’allongent, je bois un ti'punch, Pascale lit à
l’extérieur en profitant du paysage, nous sommes seuls au monde…
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Ce soir crabe et baliste, ROYAL !
04/12/09
Je pars chasser dés le matin mais je ne trouve rien d’intéressant si
ce n’est un gros baliste qui ne se laisse pas approcher, tant pis
pour nous, tant mieux pour lui !
Les fonds sous-marins sont toujours aussi beaux avec des coraux très
développés et en parfait état. L’eau est un peu trouble et au-delà
de 7 mètres environ, on ne voit plus grand-chose.
Nous nous déplaçons vers le mouillage Est de Coco Bandero où nous
retrouvons 3 catas et 1 sloop, c’est la première fois que nous avons
la sensation qu’il y a plus de catamarans que de monocoques, les
temps changent et il n’y a pas de fumée sans feu, est-ce le début de
la fin des monocoques ?
Le mouillage est plus agréable et nous sommes coincés entre 5
petites iles désertes, voila un mouillage de rêve ! Nous finissons
le crabe et le baliste en salade est excellent. Pascale se baigne
longuement sur les plages de sables blanc, il ne semble pas y avoir
trop de no-no ou yin-yin ou puri-puri (petit moucheron ridicule qui
pique grave le soir venu et même dans la journée s’il est
contrarié !). De gros orages barrent l’horizon le soir venu, peut
être une nuit agitée en vue ?
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Laurence, adepte du bateau-stop et son skipper du moment, l’allemand
Petr viennent à bord boire l’apéritif et discuter un bon moment, ils
voyagent sur un Catana 472 et je dois dire que si nous devons un
jour nous tourner vers les catamarans, celui-ci occupe
incontestablement une longueur d’avance dans mes préférences. Une
bête de course avec un confort exceptionnel ! Ils franchiront le
canal en même temps que nous vers la mi-février.
05/12/09
Réveil à 8h, une vraie grasse matinée, et la nuit fut calme,
désespérément calme, pas d’air dans la cabine arrière…
Nous achetons un ananas, des bananes, des tomates, une énorme
langouste et des citrons à un Kuna prénommé Apio en barque, le tout
pour 10 dollars, pourquoi se priver ?
Petr me passe deux logiciels assez extraordinaires qui permettent de
calibrer les cartes marines que nous pourrions scanner ou
photographier. Cette conversion et cette calibration leur permettent
ensuite d’être ouvertes sous un autre logiciel de navigation.
L’ordinateur est relié au GPS et nous voilà avec des cartes des San
Blas hyper précises, merci les Allemands !
L’après-midi je chasse un peu et ramène deux petites langoustes
pendant que Pascale barbotte sous les cocotiers, tranquille la vie !
Henri nous retrouve enfin, il est mouillé un peu plus loin et il se
déplacera demain, j’ai hâte de repartir à la chasse avec lui.
Puis c’est au tour de Birgit et Michael de venir à bord, ils ont un
magnifique Lagoon 50. Allemands tous les deux, ils viennent
récupérer quelques informations en informatique. Lui est dentiste et
il a carrément installé un cabinet à bord avec radiologie et tout le
matos ! Il nous avoue avoir quand même pas mal de soucis avec son
bateau mais qui n’en a pas ? Nous ? Oui, c’est vrai !
Nous repartons une ou deux fois par jour à la chasse et pendant
qu’Henri tire du gros à plus de quinze mètres de profondeur, je
cartonne avec les crabes et les langoustes, dernière chasse : 5 gros
crabes et 5 langoustes, quand même !
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Nous partons pour Cayo Holandes, et nous mouillons le long d’une
petite ile « Miriadiadup »
08/12/09
En début de matinée, Pascale et moi allons faire un tour sur l’ile
où deux huttes nous tendent les bras…Henri nous rejoint et Prado,
travesti, nous accueille à bras ouverts, surtout Henri et moi,
d’ailleurs ! Il (ou elle) nous présente ses Molas et Pascale en
achète encore 3 ainsi qu’un sac. Pendant que je prends des photos du
parc à cochon situé derrière les huttes, une jeune indienne attache
sur son poignet les traditionnel bracelets de perles qui, mis côte à
côte, décrivent des dessins surprenants. Nous découvrons une
lentille derrière les huttes, trou creusé profondément au travers du
platier ou s’accumule l’eau de pluie et qui permet aux Kunas d’avoir
de l’eau toute l’année.
Roberto, un cousin de Prado, nous demande de l’emmener sur l’ile de
Soledad Miria pour ramener sa femme et sa fille de 1an… l’ile est à
12 nautiques de Cayo Holandes et il y a une fête kuna organisée
aujourd’hui, cool ! Nous levons l’ancre vers 14h, Roberto est à bord
de « Rackham » et nous voilà plein vent arrière en direction du fond
du golfe des San Blas…
Nous sommes en vue de Soledad Miria et de très gros orages sont
bloqués par les hautes montagnes de la côte panaméenne… Nous
mouillons à côté de « Caramba », un bateau espagnol qui a déjà
quelques heures de vol a priori…
L’ancre est à peine au fond de l’eau que nous levons les yeux,
stupéfaits, ce qui nous entoure est incroyable, des dizaines de
huttes collées les unes aux autres, encombrent la rive. Les pirogues
taillées dans des troncs sont hissées pour la nuit sur des arceaux
en bois. On a l’impression que village a les pieds dans l’eau. Des
enfants jouent entre les barques suspendues sous le regard,
certainement amusé, d’un dauphin qui contourne l’ile paisiblement.
Cent cinquante familles vivent sur cette ile et la végétation a
quasiment disparue… nous restons 3/4h à contempler le spectacle
hallucinant qui s’offre à nos yeux. Je prends photo sur photo du
bateau car je sais que les Kunas ne se laissent pas prendre
facilement, ce que je comprends tout à fait…
Henri arrive à son tour et dépose Roberto au petit ponton en bois,
il nous rejoint ensuite. Nous nous habillons en quatrième vitesse
pour profiter de son annexe et nous voila tous les trois abordant le
territoire Kunas…
Tellement difficile de décrire ce que nous voyons et surtout ce que
nous ressentons. Nous sommes plongés dans un autre temps mais
surtout dans un lieu absolument incroyable… les grandes huttes
bordent la petite allée qui nous amène à la place du village. Les
femmes sont toutes en habit traditionnel avec des perles sur toute
la hauteur des jambes, un bustier-mola et un paréo autour de la
taille. Elle porte un foulard de couleur rouge, des bijoux en or et
de nombreux tatouage sur le visage. Tout comme les enfants, elles
nous saluent avec des « ola » et des sourires… Nous arrivons à la
salle des fêtes, une hutte plus grande que les autres avec une
intense activité à l’intérieur. Des dizaines de femmes parées de
somptueuses tenues nous bousculent en riant, elles sont toutes
complètement saoules et plusieurs d’entre elle tiennent des
bouteilles de rhum presque vides… elles nous apprennent en titubant
qu’aujourd’hui, c’est la « fête de la mère ». Je trouve ça tellement
plus beau que notre « fête des mères »… Le Sahila (le chef du
village) sort de la hutte avec un beau chapeau à plumes rouges pour
nous emmener chez lui mais il part si vite que Henri n’a pas le
temps de repérer dans quelle hutte il est entré, et nous voilà
perdus, dans la pénombre à demander notre chemin a des ombres
fantomatiques. Nous finissons par atterrir chez Natasiano,
personnage incontournable de « Soledad Miria », c’est un peu le
business man de l’ile et beaucoup de gens gravitent autour de lui…
Comme quelques heureux élus Kunas, il a trouvé un jour un sac qui
flottait rempli de cocaïne colombienne et depuis, il a fait
fortune… C’est son anniversaire, il a trente ans aujourd’hui et
nous voilà invités dans une salle puis dans une autre. A chaque
fois, les chaises en plastique et les bières panaméenne nous suivent
de près !
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Pascale avait repéré les boucles d’oreilles des femmes Kunas
(étonnant, non ?) et comme j’en ai parlé à Nata, sa femme apporte un
pot en plastique rempli de bijoux en or d’une grande finesse. Le
choix est assez vite fait et Pascale tient son cadeau de noël,
Henri en profite pour acheter un beau collier pour Danielle. C’est
la femme Kuna qui fixe les prix et qui négocie.
Les indiens sont de plus en plus alcoolisés et les bières arrivent
sur la table au rythme de 12 toutes les 10 minutes, ils sont
déchainés, la soirée bat son plein, les Kunas dansent en criant
qu’ils nous aiment, que nous sommes de la même famille puis la femme
de Nata arrive par surprise. Elle renverse un grand seau d’eau sur
la tête de son mari qui commençait à s’assoupir, tout le monde
éclate de rire… Pas de doute, ils aiment la fête et ils sont si
petits qu’on leur donnerait à tous 14 ans, quel incroyable moment…
Henri en est à sa sixième bière (comme moi) lorsque le riz et le
poisson arrivent, il était temps ! Nous sommes leurs invités et ils
font tout pour nous faire plaisir, musique, boissons, danses, et
même des cadeaux… Nata a un appareil photo numérique depuis peu et
nous sommes pris en photos sous toutes les coutures, juste retour
des choses…
Nous les quittons non sans les avoir tous remercier pour leur
formidable accueil et ce moment inoubliable passé en leur compagnie.
Un guide nous emmène dans le noir vers le centre du village et nous
repassons devant la hutte des fêtes, j’y pénètre en premier... Les
Kunas, éclairés par des bougies et deux lampes à pétrole, sont assis
sur des bancs autour du Sahila qui chante et danse en titubant au
milieu de l’assemblée. C’est bien simple, tout le monde est
complètement bourré, de 12 à 80 ans, tout le monde picole à mort
pendant la fête… Sur cette ile comme sur les autres, en dehors des
périodes de festivité, les Kunas n’ont pas le droit de boire. Des
dizaines de petites femmes, habillées de perles et de Molas, tenant
à peine sur leurs jambes, titubant, riant bruyamment nous
interpellent pour partager un verre en coco rempli de chicha (alcool
local à base de rhum).
Nous retournons aux bateaux à 21h45, quelle soirée incroyable, que
de souvenirs…
09/12/09
6h du matin, la pluie tambourine sur le pont, le vent souffle en
rafales, qu’est ce que c’est que ce b…. ?
Nous sommes au beau milieu des orages et l’éclaircie n’est pas pour
tout de suite. L’ile de Soledad Miria est à 2 milles a peine de la
côte et les orages s’y accumulent en cette saison, nous étions
beaucoup pour épargnés à Cayo Holandes.
Vers 9h15, le temps semble s’améliorer un peu et Henri vient nous
chercher avec son annexe pour nous emmener à terre, nous y
retrouvons Roberto… la visite du village n’a rien à voir avec notre
expérience de la veille, les ruelles en sable sont ratissées et les
grandes cases, le congresso et la hutte des fêtes sont vides.
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Les quelques canettes de bières vides cachées derrière des cocotiers
sont les uniques vestiges de la beuverie nocturne… Les femmes sont
toutes en habits traditionnels et nous faisons la connaissance de la
famille de Roberto… Quand Maël va se retrouver à côté des indiens
Kunas, il va falloir qu’il se baisse drôlement pour les saluer… la
mère de Roberto, Agripina, est tout sourire et se laisse facilement
prendre en photo avec ses enfants, le reste des prises de vue doit
être volé, avec l’appareil tenu nonchalamment le long du corps et le
travail se fait au juger. Le résultat est médiocre et j’abandonne
rapidement la photo pour discuter avec quelques femmes âgées
déchainées, à la recherche de bière à 10h du matin, quand même !!!
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Nous faisons faire du pain par une famille indienne et en attendant
la cuisson, Henri est parti en annexe chercher des denrées que nous
ramènerons à cayos holandes (riz, batterie, molas, eau, etc.),
Pascale achète une tenue Kuna, côté molas, on a fait le plein !
Alors que je me promène sur une petite place du village, mon front
vient embrasser un morceau de bois pointu qui dépasse du toit d’une
hutte, toutes les femmes qui ont vu la scène éclatent de rire de ma
bêtise, j’hallucine !
Puis, lorsque l’une d’elle se rend compte que je saigne un peu,
c’est le branle bas de combat… Elles viennent m’essuyer le front
avec des tissus et inspecte avec beaucoup de sérieux mon écorchure,
je suis aux anges !
Ensuite, elles se mettent toutes a rouspéter comme quoi, les hommes
n’ont pas bien coupé cette branche et que c’est dangereux. Les deux
ou trois indiens qui passent par hasard sur la petite place en
prennent pour leur grade, je suis un peu gêné !
Pour finir, la plus vieille des femmes m’aborde et me prenant par le
bras pour m’expliquer que l’entrée de la hutte est de ce côté et non
pas par là où j’ai voulu passer, je suis honteux ! Tu me diras, ils
ne seraient pas si petits, je ne me serai pas mangé le toit !
Extraordinaire société de sagesse et d’humour, nous sommes
émerveillés.
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Nous quittons l’ile vers 11h, le temps est couvert et la mer
d’huile. Badinguet attaque la route de retour au moteur et deux
heures plus tard, nous jetons l’ancre à côté de la plage de nos
amis.
Henri arrive à son tour et débarque la petite famille (qui doit
préférer la stabilité des catamarans à notre super Maramu) ainsi que
les vivres qu’ils ont achetés à soledad miria.
Pas un souffle d’air, ce qui est rare en cette saison, nous
discutons et aidons les Kunas à décharger pendant que Pascale
somnole dans le cockpit et…. Les chitras (minuscules moucherons
hyper agressifs) attaquent. Les Américains les appellent les « noseethem (no
see them)» tellement ils sont minuscules…
Nous dinons avec Henri à bord et la soirée se termine très
agréablement avec les dernières gouttes du marc de gewurztraminer de
Wilfried, snif !
10/12/09
Il est 1h20 du matin, j’entends Pascale pleurnicher à côté de moi,
elle est couverte de piqures volumineuses et boursouflées. Nous la
badigeonnons de diprosone et elle se rendort enfin 1h plus tard. Au
réveil, inutile de compter, sa peau ressemble à un immense grumeau
rouge ! Le tube de diprosone ne va pas faire long feu !
Nous partons chasser avec Henri et dans cette eau calme, sans
courant ni vent, il tire 5 pagres et un magnifique capitaine pendant
que je ramasse 4 crabes, 3 langoustes et un petit pagre, une partie
de pêche formidable… l’après midi, nous allons nous baigner avec
Pascale pour rafraichir un peu le feu des piqures puis nous sommes
invités sur l’ile par Prado pour fêter l’anniversaire de sa nièce et
pour nous remercier de notre aller-retour. Le vent reprend lentement
mais surement ses droits et les 15 nœuds de Nord-est (les alizés)
empêchent toute attaque d’insecte, Pascale est sauvée !

Les Kunas ont pêché des dizaines de langoustes, des lambis et des
cigales et nous dinons, éclairés pa
r une lampe sur batterie, avec toute la famille de Prado et
l’équipage de « Pépita » de « San Blas sailing », une société de
charter locale. Quelle belle soirée avec ces Kunas rieurs, moqueurs
et un peu alcoolisés par les nombreuses bouteilles de vin que les
voiliers ont apportées…_small.jpg)
11/12/09
Une petite vacation sur iridium, la météo est stable pour les 4
jours à venir, inutile de demander plus de prévisions, ce ne serait
pas fiable. Nous échangeons nos mails avec la famille et nos amis,
Maël arrive très bientôt, il nous a acheté un nouveau fusil à
langoustes et Papy jean et Françoise sont au salon nautique comme
chaque année.
Je tire un gros maquereau thazar et Henri ramène une belle dorade
grise des profondeurs. On va encore se régaler !
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12/12/09
Nous partons vers 9h, les Kunas nous font de grands signes d’aurevoir, la navigation est idéale, 20 nœuds de vent au près bon
plein, Badinguet fonce à 8,5 nœuds derrière « Rackham », le
catamaran Catana de Henri qui s’envole à plus de 10 nœuds…
Nous mouillons à nouveau à Coco Bandero Ouest juste le temps de
chasser et de rentrer bredouilles ! Je passe quand même à quelques
brasses d’une très grande raie léopard de plus de deux mètres
d’envergure, quelle spectacle !
Nous repartons assez vite vers Isla verde, juste au Sud pour
découvrir une nouvelle ile, un nouvel abri, de nouveaux récifs et
plages pour préparer la venue de Maël et Gaëlle. Le mouillage est
très facile et bien protégé par une barrière de corail malgré les 20
nœuds de vent régulier. Nous mouillons les 70 mètres de chaine
histoire de la purger un peu de sa rouille, on ne risque pas de
déraper ! J’aide Henri à démonter deux réas bancales de sa tringlerie de barre à roue puis nous dinons tous sur Badinguet.
Pascale a cousu un Mola sur un coussin Amel et le résultat est
magnifique, je ne savais pas que j’avais embarqué une couturière,
bon, il va falloir repriser mes slips maintenant !
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Apio, sur son cayuco (barque creusée dans un tronc d’une seule
pièce) nous vend quelques bananes vertes et du pain, nous lui
commandons des ananas et des tomates pour demain.
13/12/09
Le vent semble maintenant bien installé et la période des alizés est
lancée. Je descends l’annexe à l’eau puis Pascale allume le groupe
et le déssalinisateur, comme chaque matin. Nous prenons notre petit
déjeuner et vers 9h, nous partons à la chasse. L’eau est trouble et
le tombant de 20m est impressionnant, je loupe en blessant 3 gros
balistes et Henri, comme à son habitude ne rate pas son coup… nous
voilà avec deux balistes à dépiauter.
Nous retrouvons des amis de Carthagène, le bateau « Lares » et nous
découvrons « Pépita », le charter de Gilbert.
Cathy et François vivent depuis sept ans sur un petit bateau bleu,
ils fabriquent des bijoux à base de graines qu’ils appellent de
l’ivoire végétal. Elle vient a bord de Badinguet nous présenter sa
collection et nous sommes surpris par le magnifique travail qu’ils
arrivent à faire sur leur bateau. Pascale achète un collier et des
boucles d’oreille, qui a dit qu’on ne dépensait rien aux San Blas ?

14/12/09
Henri est parti tôt ce matin en nous affublant de quelques coups de
trompe très bruyants. A peine levé, je modifie considérablement mon
arbalète sous-marine en renforçant le fil qui relie le fusil à la
flèche par un gros élastique, je devrai perdre moins de poisson !
Jocelin de « Lares » nous appelle à la VHF, nous partons chasser
ensemble, je préfère ne pas pêcher seul, il y a quand même du gros dans
le coin et les « tiburones (requins)» ne sont jamais très loin…
Nous interceptons un message de « Cata-fjord », Malou et Dominique
arrivent de Nargana dans une heure, génial, on retrouve d’autres
amis ! « Zino » arrive a son tour et « l’Esquinade » ferme la
marche… tous nos amis de Carthagène arrivent les uns après les
autres. Je pêche une petite carangue, un beau baliste de plusieurs
kilos, un crabe et une langouste.
Nous déjeunons avec Gilbert et ses clients sur isla verde, au
menu, brochettes au feu de bois et riz, génial, on se prend pour des
Robinsons Crusoé !
Dans l’après midi, nous rendons visite à « Lares », et le bébé du
frère de Jocelin tousse bien gras… Ils arrivent tout droit de
paris et il semblerait que le petit Joseph, 7 mois ait tous les
symptômes de la bronchiolite, et oui, je vais faire des séances de kiné
respiratoire pour bronchiolite aux San Blas !
15/12/09
Nous sommes cinq à repartir à la chasse avec la grande annexe de
cata fjord, et tout ça pour 3 malheureux crabes et quelques petits
poissons. Un grand requin nourrice à raflé le reste des poissons
attaché à la bouée de Jocelin… les requins qui croisent dans ces eaux
chaudes sont les nourrices (inoffensifs mais il ne faut pas trop les
chatouiller), les requins de récifs, (gris ou pointe noire), les
citrons et les taureaux, les deux derniers n’hésites pas longtemps à
boulotter un poisson blessé par une flèche par exemple !

Heureusement qu’on a bien pêché la veille car le grand feu de bois
que Monique et Christian de « Zino » ont démarré n’attend plus que
le retour des valeureux chasseurs (quasi bredouilles aujourd’hui).
Nous déposons les balistes emballés dans du papier alu directement
sur les braises et, 40 minutes et quelques bières plus tard, nous
sommes 14 à déguster le poisson, les crabes et les délicieuses
salades que les 6 équipages ont préparées. Nous finissons le repas
avec des noix de coco que nous découpons sur le sable entre deux
baignades dans l’eau turquoise qui avoisine les 30°… Quelle
difficile après-midi…

16/12/09
Le petit joseph est toujours bien encombré et les séances de kiné se
poursuivent à ce jour.
Nous sommes retournés à Coco Bandero Est, notre coin préféré
pour le moment. « Zino », « Esquinade » et « Lares » sont avec nous
et le mouillage commence à être un peu étriqué mais les plages et
les iles sont tellement belles, que peut-on demander de plus ? Nous
mangeons encore du crabe et la carangue en attendant la pêche de
l’après-midi.
Apio, un Kuna qui assure, contre monnaie sonante et trébuchante, le
ravitaillement des voiliers nous amène enfin la commande passée 3
jours plus tôt, des tomates, des oignons, un choux et des bananes,
il ne reste plus qu’à pêcher le poisson. Avec « Lares » et «
Esquinade », je pêche un pagre, deux crabes et deux langoustes, on a
de quoi manger !
Le soir, Pascale nous prépare du wahou en carpaccio et une salade
de pomme de terre. Il est 20h, la nuit est noire et la petite poubelle
de Pascale est pleine de déchets de poisson, c’est quand même
dommage de gâcher ! J’amorce un bon 1/4h puis je mets une
palangrotte avec un bas de ligne en acier… 5 minutes plus tard, j’ai
l’impression de m’être accroché au fond tellement ça tire, puis ça
lâche doucement mais le poids est énorme ! En fait, j’ai
l’impression de remonter le fond ! J’appelle Pascale pour qu’elle
m’apporte un gant rapidement... Ca à l’air très gros et le fil me
coupe les doigts!
Non d’une pipe, un requin !
Un gros requin nourrice de 2 mètres se laisse tranquillement tirer
par le fil de 60/100ème et mes menottes protégées par le
gant ! Nous le gardons une bonne dizaine de minutes avec nous sous
le crépitement des flashs de Pascale et la puissante lumière de
Christian, sur « Zino » à quelques mètres de Badinguet. Je le fais
passer par l’arrière pour descendre à son niveau et couper le bas de
ligne au ras de sa gueule ! Il reste encore un moment entre deux
eaux puis s’enfonce doucement vers les profondeurs sombres du
mouillage, séquence frissons.
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Pascale ne veut définitivement plus se baigner sans une dizaine de
marines américains avec une puissance de feu équivalente à celle du
porte-avions Enterprise !
18/12/09
1 heure de navigation et nous voilà à Canbombia, le mouillage est
très paisible et « Lares » nous rejoint 30 minutes plus tard car
le petit joseph reste encombré. Ses parent préfèrent rester a
portée de mes soins et comme j’aime chasser avec Jocelin et Adrien
de « Esquinade », tout le monde est content et y trouve son compte !
Encore une belle partie de chasse avec des requins, des raies
léopard, des pagres en veux-tu-en-voilà, et de superbes carangues
que je loupe superbement ! L’endroit est calme, très protégé mais
un peu près de la côte panaméenne et les orages pourraient bien nous
surprendre si la météo se confirme… Nous sommes à 1 heure de Nargana
et Corazon de Jésus, là où les jeunes atterrissent…
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19/12/09
La nuit fut assez pénible avec un trouduc de bateau américain qui au
moindre retournement de vent, panique et décide de changer de place
en pleine nuit sous les orages !!! A quatre reprises, il rase
Badinguet en trainant son ancre, GRRRRRRRRRRRRRRRRRR !
Je lui envoie régulièrement ma torche en pleine poire, histoire
qu’il n’oublie pas que je suis tout proche et qu’il risque de
prendre un Super Maramu sur la tronche !
Au matin, deux autres voiliers américains arrivent pour mouiller à
côté de nous. Madame est à l’avant, monsieur aux commandes. Ils sont
reliés tous les deux avec casques et micros et se parlent
constamment… sur un bateau de 10m ! Sacrés Ricains !
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La chasse de l’après-midi restera dans ma mémoire… alors que je
viens de flécher un beau barracuda, un requin, tout ce qu’il y a de
plus inquiétant, se rapproche prudemment, je suis très loin de
l’annexe… je recule le plus loin possible dans les coraux et achève
rapidement le poisson au poignard. Le requin attend… Apparait alors
juste à côté de moi un pagre de 1 mètre, le plus beau poisson que je
n’ai jamais vu, là, tout près. Je suis empêtré dans les coraux, avec
un barra mort et un grand requin qui tourne dans le bleu, situation
insoluble !
Le pagre s’en va, le requin le suit et je reste sur place pour
terminer ma chasse par deux petits pagres pour Pascale qui adore ça.
Que d’émotions !

Ce soir, nous invitons sur Badinguet « Zino » et « Lara » pour
déguster le barra au four. 1h de cuisson, décidemment, jusqu’au
bout, ce poisson aura été récalcitrant. Pierre et Christine ont un
Nauticat et vivent ici depuis 3 ans comme résidents permanents. Lui
est médecin de formation urgentiste et nous discutons toutes la
soirée de ses interventions sur les Kunas et les plaisanciers. Ca me
remet dans le bain et nous passons une très agréable soirée jusqu'à
00h45, incroyable !
20/12/09
Réveil embrumé, la mer ressemble à un lac et les airs redeviennent
le domaine des chitras… première victime sur la liste noire, Pascale
bien sûr ! La pauvre est à nouveau couverte de piqures
bourgeonnantes…
Nous nous mettons à couple quelques minutes de « Lara » et Pierre
donne à Pascale quelques antihistaminiques après lui avoir pris la
tension avec ses mains. Tout va bien, on leur fait de grands signes
et direction « Nargana » au moteur tout doux…

Nous jetons l’ancre devant les deux gros générateurs de l’ile en
espérant ne pas trop se faire dépouiller par les moustiques.
Pascale et moi quittons le bord pour visiter les deux iles reliées
par le pont piéton de l’amitié... Nous achetons des patates, des
tomates et du riz pour les deux gros mangeurs qui atterrissent
demain à l’aube. Les iles « Corazon de Jésus » et « Nargana » n’ont
absolument aucun intérêt à nos yeux, sales, habités par des Kunas
aigris, sans identité, à cheval sur deux sociétés et celle de
consommation, la notre, est en train de détruire la leur très
rapidement. Nous remontons en annexe le fleuve rio Diablo pendant 10
minutes, la jungle est très impressionnante, Pascale adorerait s’y
promener... c’est bien simple, plus on approche des rives, plus son
rythme cardiaque augmente…

21/12/09
5h du matin, je tourne et retourne dans la couchette, impossible de
dormir, les réveils vont-ils sonner ?
Pascale se lève à son tour, il est 6h, l’heure théorique de
décollage du petit avion de Panama city… N’y tenant plus, nous
partons en annexe vers l’ile isolée de l’aérodrome mais il n’y a
aucun signe d’activité, tout est désert… Nous questionnons des
pêcheurs qui nous expliquent que lorsque la lancha blanche partira
de Corazon de Jésus, ce sera le signal que l’avion est proche. Nous
retournons au bateau, frustrés.
Je suis une vraie pile électrique et le manque de sommeil n’arrange
pas les choses… il est 9h lorsque nous apercevons aux jumelles la
lancha accoster sur l’ile de l’aérodrome, nous bondissons dans
l’annexe.
Arrivés sur l’ile, un nuage de chitras nous accueille et il est
préférable d’attendre l’atterrissage à distance de la terre ferme.
Ca y est, le petit bimoteur plonge vers la petite piste défoncée et
1 minute plus tard, tout le monde a récupérer ses sacs. Quel bonheur
de les retrouver. Nous plaçons dans le dinghy un énorme sac de
voyage et deux jeunes tout blancs et habillés comme à la ville, trop
contents !

Nous payons l’impuesto (impôt Kuna) puis Badinguet appareille pour
Coco Bandero Est une troisième fois.
Il est 10h30 lorsque nos deux étudiants mettent la tête sous l’eau
et le reste aussi…

22/12/09
Tout se déroule au mieux, nos deux invités de marque passent de la
plage à la chasse sous-marine puis retour à bord pour manger crabes,
langoustes et poissons puis plage, chasse et le cercle infernal
reprend… résultat des courses, nous rêvons de plus en plus d’un bon
steak-frites.

Nous avons plongé un peu tard hier soir et les poissons morts que
nous avions accrochés sous la bouée ont tous été mangés par les
requins. En fin de chasse, trois gros nourrices nous tournaient
autour, ça donne un peu envie de retrouver le plancher des vaches et
à propos de vache,, j’en mangerai bien une !
En tous cas, Maël en prend plein la vue et je jubile en l’imaginant
raconter son court séjour aux San blas. Cela fait 24h qu’ils sont
arrivés et ils ont déjà plongé au milieu des requins, on n’apprend
pas ça à l’université…_small.jpg)
Danielle et Henri nous rejoignent au mouillage mais chacun reste à
son bord car le vent est monté à 20 nœuds et s’est orienté à
l’Ouest, une fois n’est pas coutume !
23/12/09
Nous partons très tôt à la chasse ce matin, il nous faut notre
revanche sur les squales. Dés que nous fléchons un pagre, il faut
retourner à l’annexe pour le mettre hors de portée des voleurs…
cette fois- ci, le repas est assuré, un baliste, 4 pagres, 2
petites carangues et un beau crabe, Maël est vengé !
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Nous nous déplaçons à Cayo holandes mais nous évitons le mouillage
« swimming pool » où 28 voiliers américains se sont réunis pour
passer noël. Déjà qu’en temps normal, ils restent toujours grouper,
là c’est l’attroupement !
Nous passons l’après-midi à lézarder au soleil et à barboter sur les
bancs de sable. Un beau barracuda vient montrer son nez à Pascale
dans 40 cm d’eau, ils s’observent tous les deux puis le plus gros
des animaux regagne son milieu… Pascale rejoint la plage !
Après avoir discuté avec les Kunas de l’ile voisine, Maël nous
photographie sous toutes les coutures, et les photos sont géniales !
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De gros cumulonimbus barrent l’horizon, la journée se termine. Maël
et Gaëlle épluchent les patates, les pélicans plongent en
escadrilles devant un magnifique coucher de soleil, Pascale est aux
fourneaux (crabes, langoustes et poissons pour changer) et je bois
un ti’ punch devant l’ordinateur, un juste équilibre en toutes
choses…
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24/12/09
A peine levés, nous repartons chasser… encore un beau pagre et un
baliste. En fait il suffit de chasser une heure pour assurer le
repas de la journée, la vie est simple.
Nous quittons notre mouillage pour rejoindre celui de Miriadiadup,
un peu plus loin. « Zino », le Sunkiss 47 de Monique et Christian
nous y attend pour fêter noël. Nous chassons encore quelques pagres
puis nous finissons tous sur la petite ile avec la famille Kuna que
nous connaissons. Un gros pagre et du riz au coco, le tout arrosé de
vin chilien et argentin. Pour le dessert, Monique a fait des crêpes
et Pascale, un clafoutis et un fabuleux crumble aux pommes.
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Les Kunas partagent notre repas ou nous partageons le leur, on ne
sait plus trop mais la soirée et simple et peine de rires et de
bonne humeur. En fin de soirée, tout le monde a bien mangé, même les
chitras… Ces minuscules insectes badingovores nous ont bouffés les
chevilles sous la table, joyeux noël ! Les Kunas refusent que nous
payions mais nous insistons car ils ont si peu de chose et pourtant,
ils nous donnent tant…
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25/12/09
Chacun compte ses piqures dans sa couchette lorsque j’arrive dans le
carré, des paquets cadeaux encombrent la cuisine, ouahhhh ! Maël et
Gaëlle nous ont comblés, un grill électrique, des mugs et un
porte-clés souvenirs de New-York, un bracelet (ça tombe bien,
Pascale n’en avait pas !) et un clavier souple pour ordinateur,
c’est vraiment noël !

Et hop, on retourne chasser et nous emmenons Gaëlle qui a son
premier tête à tête avec un gros requin nourrice dans 1m50 d’eau !
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Nous quittons nos amis Kunas et partons directions Cayos lemones ou
nous apprécions une bière fraiche dans l’eau turquoise.
Ce soir, foie gras, steak-patates sautées et dessert surprise, j’en
salive déjà !

Bon, le dessert surprise, c’était des fraises et une salade de
fruits, j’en salive encore…
26/12/09
Nous quittons Miriadiadup, pour Cayos Lemones, soit 1h de navigation
sous voiles, le vent est de la partie, c’est pas trop tôt !
Une petite baignade-bière dans 50cm d’eau puis un bon diner de
poissons et dodo… Pascale et moi attaquons un des nouveaux films
divx que Maël nous a téléchargé et 10 minutes plus tard, le sommeil
l’emporte.

27/12/09
Une pêche le matin avec encore et toujours des pagres, on va finir
par se plaindre. Comme Maël progresse rapidement en technique (il
devient beaucoup plus silencieux dans l’eau que dans le bateau), les
poissons sont péchés plus rapidement qu’ils ne sont consommés… Les
prises s’accumulent dans le congélateur. Aujourd’hui, Maël n’a rien
pris et mon fiston est d’une humeur que je qualifierai de
« difficile » il aime pô être bredouille !

Discussion de la soirée…
-
Nicolas : Tu n’as pas travaillé depuis ton arrivée, tu n’avais
pas des révisions à faire ?
-
Maël : Si, si, je n’y ai pas touché et j’ai les écrits des
partiels à la rentrée
-
Nicolas (paniquant) : Mais il faut que tu travailles, c’est pas
possible… si tu savais l’importance que je porte à ta réussite…
-
Maël : Mais papa, je ne suis qu’une goutte dans l’océan, un grain
de sable dans le désert et… il n’y a que les cailloux qui
réussissent !
-
Nicolas : Non mais ça ne va pas bien, tu m’inquiètes…
-
Maël : T’inquiètes, ça va, je sais ce que je fais, tu verras…
-
Nicolas : Gulp !
Nous partons en début d’après-midi pour Rio Cidra, une grande ile
Kuna. Changement de décor avec des huttes les unes contre les autres
et des indiens toujours aussi gentils et spectaculaires dans leur
physique et leurs tenues. Nous payons l’impôt de l’ile de 4 USD et
visitons la maison de Lisa, le très fameuse « master Mola maker ».
Il n’y a pas photo, ses Molas sont vraiment plus beaux que les
autres et pas beaucoup plus chers. Nous en achetons 3 puis nous
continuons notre balade sous l’escorte d’un jeune Kuna pour acheter
des œufs et un « Nuchu ».
Le Nuchu est une petite statuette en bois représentant l’individu
qu’il faut soigner. Le « Nele », (médecin traditionnel Kuna) les
fabrique pour chaque patient leur attribuant beaucoup de pouvoir, il
porte une âme et une volonté spirituelle telle qu’il pourrait se
retourner contre son possesseur s’il en faisait mauvais usage !

nous quittons l’ile et son mouillage précaire, direction plain nord,
contre le vent pour mouiller devant une grande ile surchargés de
cocotiers. Nous recommençons notre séance baignade-bières dans 50cm
d’eau puis le ciel nous offre un magnifique coucher de soleil.

27/12/09
7h30, nous remontons l’ancre et 1h plus tard, nous la replongeons
dans les eaux de Canbombia, il n’y a que nous au mouillage, génial.
La partie de pêche est extraordinaire, 2 beaux pagres et un baliste
pour moi mais surtout bravo à Maël qui nous ramène son plus beau
trophée, le plus gros pagre pêché jusque là, 60 cm ! Le congélateur
déborde de poissons et mon fiston est d’excellente humeur…
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Maël et
Gaëlle nous préparent des petits gâteaux au coco et des pâtes
délicieuses et la cuisine est bonne à passer au karcher !

28/12/09
Les jeunes sont encore dans les bras de
Morphéus lorsque nous (Néo et Trinity) appareillons avec le
Badinguednézar, il fait gris et de gros nuages menaçants se
déplacent rapidement vers le Sud.
Nus arrivons à Isla verde à 9h et c’est parti
pour la dernière chasse sous-marine de l’année pour Maël. Comme le
temps est couvert, on ne voit pas grand-chose et l’environnement
n’est pas du tout aussi sympathique que sous le soleil… un grand
requin nourrice s’approche de moi puis disparait dans les
profondeurs du tombant.
Deux minutes plus tard, je me retrouve nez à
nez avec un grand requin (sans doute un taureau) et celui-ci
continue à nager dans ma direction, comme s’il venait me voir…
l’inquiétude grandit à toute vitesse et je lève mon fusil dans sa
direction pour tenter de l’effrayer, il ralentit, il est à 3 mètres
de moi, coté adrénaline, j’ai ma dose ! Il tourne lentement, il ne
doit pas faire loin de 3 mètres… il repart enfin, aussi
tranquillement que lorsqu’il est venu, CE N’EST PAS DU TOUT MON
CAS ! J’ai le cœur qui bat la chamade et je nage à reculons jusqu’au
dinghy duquel j’appelle Maël pour lui dire…
-
Nicolas : eh Maël, il ya un gros requin qui tourne et ce
n’est pas un nourrice. fais très attention si tu flèches un poisson…
-
Maël : il était gros comment ?
-
Nicolas : peut être 3 mètres et il n’avait rien du requin
cool, fait gaffe ! Mais tu peux continuer à chasser si tu veux, moi
j’ai ma dose…
-
Maël : Ouais, c’est un peu flippant mais je voudrai continuer
un peu…
-
Nicolas : ok, mais on y va ensemble, j’ai les jambes en
coton !
Finalement, en se surveillant l’un, l’autre,
tout s’est bien passé. Sauf lorsque j’y repense, j’en ai encore des
frissons, je n’ai vraiment, vraiment pas aimé cette rencontre…
Nous préparons un
grand feu de bois sur la petite plage de l’ile et nous y déposons
sur les braises un baliste dans du papier alu. Entre plage et
cocotiers, nous dégustons le poisson accompagné d’une salade de
pâtes. En dessert, une noix de coco que Maël nous prépare à la
machette…

Nous repartons dans la soirée pour Nargana ou
nous mouillons sous un ciel noir… Tout est triste et surtout nous de
les voir se préparer à s’en aller…. Dur, très dur !
Je me dépêche de terminer les photos et le
texte que je transfère sur le disque dur de Maël, c’est lui qui
enverra les fichiers de France sur notre mailing-list. Le seul accès
internet possible est de Panamarina (sur la côte panaméenne à 50
milles d’ici), lorsque Pascale repartira 3 semaines en France à
partir du 14/01.
28/12/09
Nos petits sont partis a midi et demi au lieu de 6h30 du matin,
juste un peu de retard !!! Ils ont repris le petit avion qui les
éloigne de nous, nous avons le cœur serré, très serré…
Marco et Enrica nous emmènent pour suivre un de leur amis présent
depuis des années aux San Blas. Nous allons remonter une rivière
dans la jungle. 3 annexes et nous voila à la queue-leu-leu à
zigzaguer entre les lianes, les troncs a peine immergés, les
racines qui émergent de partout et des centaines d’insectes qui
tombent des arbres, araignées et autres bestioles qui adorent les
cheveux blonds…
La balade est extraordinaire au début et nous sommes émerveillés par
un endroit aussi vierge, impénétrable et sauvage. Mais le nombre de
passages difficiles se multiplie et il faut sans arrêt marcher dans
cette eau marron et vaseuse avec des risques important de rencontrer
non seulement des crocodiles mais aussi et surtout des parasites…
Mon oncle Jean-Pierre qui chasse très régulièrement à la frontière
Guyane-Brésil connait un peu trop bien ce genre de petites bêtes
sournoises, et très dangereuses…

Nous rebroussons chemin, piqués mais ravis de notre petite balade
chez « grand-mère nature ». Nettoyage en règle de nos pauvres
gambettes et de l’annexe puis préparation du bœuf bourguignon promis
depuis longtemps à Marco et Enrica, nous avons enfin retrouvés nos
amis d’« Aquarius » !
J’essaye de ne pas trop penser à Maël et Gaëlle car le blues n’est
vraiment pas loin, ils me manquent déjà tellement. Aller, pensons à
la bouffe et au beau séjour qu’ils ont passé avec nous…
Vers 19h, Enrica, Marco et Pablo accompagnés d’Isabelle et Patrick
de « Fidji » nous rejoignent à bord pour le diner. Nous terminons le
rhum vieux JM, il ne nous reste plus beaucoup de digestif… Il est
00h10 lorsque nous rejoignons la cabine arrière…
31/12/09
Nous retrouvons « Aquarius » à Coco Bandero pour fêter le réveillon
avec un groupe de 13 bateaux, 7 Italiens, 4 Français et 2 Allemands.
Dans l’après-midi, tout le monde apporte quelque chose à la
communauté, du bois pour le feu, installation des bancs (des troncs
de cocotiers), des tables (faites avec des passerelles) et nous
finissons par un coup de pêche assez génial avec à mon actif, un
mérou, 3 pagres, deux carangues, deux maquereaux-thazar et une belle
langouste.
Nous fêtons une première fois la nouvelle année à 18h en pensant
fort à nos proches. Nous sommes une bonne trentaine sur l’ile à
manger et boire en attendant notre « heure H ». L’organisation est
parfaite, on a de la lumière avec un petit groupe électrogène, de la
musique sur un PC portable et les grilles du barbecue géant ne
désemplissent pas, langoustes, poissons, viandes, etc.
A 22h45, certains s’impatientent ou sont fatigués et il est décidé
que nous fêterons la nouvelle année avec une heure d’avance,
pourquoi pas ! Les ritals font péter les bulles pendant que je fais
péter quelques fusées parachutes périmées. Et puis, le champagne
aidant, tout le monde est resté bien au-delà de minuit. Marco et
Olivier de « Bicoque » nous ont fait un duo banjo-guitare
extraordinaire ! Tout le monde roupille à 2h du matin.
En fait, nous avons fêté trois fois la nouvelle année, elle ne peut
vraiment qu’être bonne… On a envie de dire à tous ceci…
« Réalisez vos rêves, construisez et organisez votre vie pour
vous donner les moyens d’allez au bout de ce que vous désirez… »
01/01/10
Réveil avec beaucoup bobo à la casquette, content que cette période
de fêtes débiles soit passée…
Les jours suivants…
Toujours beaucoup de pêche et de bons moments avec les amis, les
anciens et les nouveaux.
05/01/10
Nous sommes de retour chez nos amis Kunas à
Miriadiadup sur Cayo Holandes. Fidji, le ginfizz d’Isabelle et
Patrick nous attend. Dés le matin tôt, Robertiano vient avec Rica
dans notre annexe et nous partons tous les 3 à la pêche… j’ai prêté
un fusil à notre jeune ami et nous voilà dans l’eau vers 9h sous le
vent d’une ile assez éloignée du mouillage. Difficile de décrire
cette extraordinaire ambiance de pêche avec ces deux Kunas qui
éclatent de rire dés qu’ils loupent une langouste. Ils font
tellement de bruit que je m’éloigne un peu et tire un beau pagre.
Rica me fait de grands gestes pour que je les rejoigne mais j’ai un
beau poisson qui m’attend au fond… Ils insistent tellement que je
les rejoins et Robertiano, qui ramène une énorme langouste de 2
kilos, me dit qu’il y a des pagres de ce côté.
Je plonge après m’être hyper ventilé et
découvre une grotte remplie de pagres de toutes tailles,
incroyable !
Je remonte rapidement, j’ai repéré les lieux
et il y a du gros plus bas ! 4 agachons profonds plus tard, il y a
quatre pagres superbes dont un de 60 cm dans l’annexe, le record de
Maël vient de tomber ! Quelle partie de chasse formidable, emmené
par les indiens dans leur coin de pêche perso, quel privilège et
quel témoignage d’amitié…
Le soir, nous dinons comme souvent, avec les
Kunas, sur leur ile et nous mangeons mon gros pagre fumé avec du riz
coco. L’ambiance est géniale car nous nous racontons nos histoires
de pêche et de chasse pendant qu’Isa et Pascale échangent des
recettes de cuisine exotiques avec les femmes indiennes. D’ailleurs
demain, elles sont invitées à 17h pour apprendre avec les
grand-mères les recettes Kunas, riz coco, yuka, poissons fumé,
salade de langoustes, etc. Quelle bonne soirée encore en leur
compagnie…

06/01/10
Il est 8h lorsque je pars chercher les Kunas
pour une nouvelle pêche de derrière les fagots ! Le trajet est
vraiment long malgré la vitesse de l’annexe. Le poids des deux Kunas
réunis représente celui d’un européen moyen (après 40 ans !), le
dinghy surfe entre les cailles sous les conseils de Robertiano a qui
je viens d’offrir un masque. De grande raies et quelques requins
nourrices s’écartent ou sautent hors de l’eau turquoise à notre
passage. Nous approchons de la grande barrière de corail et le bruit
des brisants est assourdissant. Le vent de 20 nœuds est bien établi
lorsque nous envoyons le grappin par le fond. Un gros mérou de 1m
s’enfuit lorsque nous descendons dans l’eau limpide, ça commence
bien ! Il n’y a pas grand chose d’autre à flécher aussi, nous
changeons de coin et allons quelques centaines de mètres plus avant
et à la rame contre le courant s’il vous plait car il y a très peu
de fond !
Robertiano et Rica, son oncle sont les premier
dans l’eau, ils sourient en me disant de les rejoindre… je mets le
masque et là, tout autour de moi, des centaines de pagres par 1m50
de profondeur, je viens d’arriver au paradis du chasseur
sous-marin… On se croirait dans le grand cayon, je nage en jouant
difficilement avec un violent courant, entre des constructions
magistrales de corail de feu. Il faut faire attention lorsqu’on
palme à ne pas se blesser car les plaies occasionnées par ces coraux
sont toujours très longues a guérir et s’infectent systématiquement
mais que vois-je ? Mince, un requin, et pas un nourrice, vite mon
appareil photo… Le requin nage entre les pagres que je convoite mais
il y en a tellement que le plus dur est de choisir sa cible… Un
autre requin déboule sous mon nez alors que je viens de louper un
poisson, et ce n’est pas le même… au bout du compte, il y a 5
requins gris de 1m50 à 3m et un gros nourrice de 3m… Dans ces
conditions, les agachons sont un peu plus compliqués… Il faut
s’accrocher au fond pour ne pas se faire embarquer par le courant et
les vagues, surveiller devant pour attirer son poisson, surveiller
ses arrière pour ne pas présenter deux beaux jarrets à un squale
plus téméraire que les autres et surtout éviter de se frotter à ce
terrible corail de feu qui couvre les hauts-fonds.
Ces requins ne m’inquiètent pas et je
surveille leur comportement entre chaque prise, ils s’énervent un
peu mais il suffit de faire semblant de les poursuivre pour qu’ils
s’écartent quelques instants. Les Kunas m’expliquent qu’il faut
rapporter le poisson à l’annexe en dehors de l’eau en le laissant
embrocher sur la flèche et la flèche dans le fusil, pas bête ! Maël
aurait adoré cette partie de pêche. La chasse miraculeuse va durer
2h30 avec des requins tout autour de nous et ces centaines de pagres
faciles a prendre, génial ! Juste une fois, j’ai lâché l’appareil
photo pour reprendre le fusil car le requin gris est passé à 1m de
moi sinon, pas une fois, je n’ai ressenti la moindre crainte. En
tous cas, rien à voir avec la rencontre de Isla Verde où le requin
était beaucoup plus impressionnant…

J’enchaine les chasses avec les Kunas chaque
matin et à chaque fois, le poisson est au rendez-vous aussi fidele
que le sourire de mes amis pêcheurs. Plusieurs fois, Robertiano me
demande de regarder le prix des fusils quand j’irai à panama city et
ses yeux en disent long, si long… Après cette chasse inoubliable
entre les requins, je lui offre le fusil que je lui prête depuis
deux jours, son visage s’illumine de joie, que de bonheur partagé…
L’après-midi, comme prévu, Pascale et Isabelle
se retrouvent sous la hutte-cuisine avec Agrippina pour la
préparation du riz-coco, friture de racines de Yuca et fumage des
poissons. Les pagres sont posés très au dessus des cocos qui brûlent
sans flamme, disposés dans des cartons car les grandes feuilles
utilisées traditionnellement pour le fumage sont dans la jungle
panaméenne et introuvables sur les iles. Pascale, Isa et enfin
Enrica reviennent enchantées de l’ile de nos amis. Inutile de dire
qu’après tous ces événements, Pascale et moi sommes considérés comme
faisant partis de la famille de Robertino (le mari d’Agrippina et le
père de Robertiano, le pêcheur). D’ailleurs, celui-ci est tellement
content pour son fils et curieux de voir nos techniques de chasse
qu’il vient avec nous le lendemain pour une nouvelle séance de
pêche…

Mais je me fais vieux et pêcher 5 heures part
jour a des profondeurs qui peuvent avoisiner les 15m fatiguent
énormément l’organisme.
Pascale part chaque jour nager et se promener
avec Isabelle … Et oui, elle fait énormément de progrès et même les
grandes raies ne l’effraient plus… Elle s’est aussi mise au dessin
et passe beaucoup de temps à bord à lire les nombreux romans que
nous échangeons avec nos amis navigateurs. Demain, repos, grasse
mat, plage, cool….
Les jours passent au vent de Miriadiadup et
nous sommes de plus en plus intimes avec nos amis Kunas. Nous dinons
plusieurs soirs de suite avec eux et lorsqu’Henri ramène de la
chasse un mérou de plus de 1 mètre, nous sommes 25 à table à
déguster le monstre…

Cette foi-ci, Robertiano et Rica m’emmènent
avec leur cayuco (leur pirogue)… Après avoir d’abord pêché quelques
sardines dans la mangrove avec un filet artisanal, nous partons
direction le vent des iles pour la pêche aux barracudas. Ils
attachent leurs proies fraichement pêchées au bout de traines en
acier et les barracudas ne tardent pas à se jeter sur les hameçons…
Nous revenons 1h plus tard avec de beaux prédateurs dans le fond de
la barque et un doigt bien coupé en ce qui me concerne… Tous ces
moments partagés avec les Kunas resteront à jamais gravés dans nos
mémoires. La pêche avec Robertiano, la cuisine et la fabrication des
Molas avec Agrippina mais surtout ce sont ces extraordinaires
moments d’humour et ces éclats de rires quotidiens si difficiles à
écrire… Ils attendent avec impatience l’arrivée de mon père pour
l’emmener à son tour pêcher ces magnifiques poissons dans leur
cayuco qui prennent l’eau…

Les femmes viennent à bord regarder les photos
de requins et visiter encore et encore la cuisine de Badinguet, les
hommes viennent refaire leurs bas de ligne de pêche… Ils nous ont
même offert le magnifique coquillage dans lequel ils soufflent
bruyamment pour éloigner « celui qui conduit les orages » ou
demander que la pêche soit bonne… Pascale et moi sommes complètement
acceptés et Françoise et papy Jean n’ont qu’à bien se tenir car ils
vont être accueillis comme les Kunas savent le faire… Rackham est
toujours avec nous, Fidji et Aquarius ont changés d’ile, nous sommes
si bien ici…
Nous partirons dans quelques jours pour
Soledad Miria afin de déposer une partie de la famille Kuna et le
produit de leur pêche puis direction Carti ou nous prendrons un taxi
4*4 pour panama city. 4 heures de piste dans la jungle pour
rejoindre la capitale, faire de nombreuses courses et surtout,
permettre à Pascale de prendre l’avion le 14/01 au matin. J’imagine
déjà Martine et Arnaud préparer une côte de bœuf ou des spaghettis
aux fruits de mer, aie, aie, aie, j’ai faim ! Enfin, il parait qu’il
fait 3° degrés à Carqueiranne, eh, eh, eh !

13/01/10
Le bateau est mouillé depuis hier après-midi à
Carti, la lancha de Yéyo vient nous chercher à 7h30. Nous remontons
quelques minutes le fleuve puis, nous accostons sur une aire
aménagée dans la jungle par les Kunas moyennant 2 dollars par
personne… Les impôts de Kuna Yala sont omniprésents et nous payons
……

Le taxi de Ricardo est à l’heure et tout le
monde embarque dans le gros 4*4 défoncé. La piste est en bonne état
et de nombreux ouvriers travaillent tout au long de la bande de
terre de rouge qui serpente dans la jungle. Le Darien est réellement
impénétrable et les gouffres qui bordent la piste sont
impressionnants. A part le passage d’une rivière avec de l’eau sur
le capot, le voyage est paisible, notre chauffeur, Ricardo le fait 4
fois par jour…

3h30 plus tard, les grandes tours de Panama
City nous enveloppent comme pour nous absorber… Le trafic est
intense et des centaines de voitures klaxonnent dans des
embouteillages sans fin, mais où sont les Kunas ???
Pascale est malade depuis 2 jours et les
vomissements accompagnés de fièvre à 39° l’ont complètement épuisée.
Elle se repose en fin d’après-midi pendant que je continue les
achats...
Je la retrouve à la tombée du jour et nous
descendons manger au resto de l’hôtel, beurk !
13/01/10
Réveil à 6h30, on a mal dormi, trop de bruit,
un lit normal, qui ne bouge pas, pas d’air, vive notre Badinguet !
Pascale va un peu mieux et la fièvre est tombée. Côté digestif, ce
n’est pas le Pérou mais au bout du voyage, il y a la France avec
cette sécurité sanitaire que tant de pays nous envie (on ne va quand
même pas cracher dans la soupe tout le temps !).
Nous sommes à l’aéroport international vers 8h
du matin et nous attaquons les premières files d’attente… Une heure
plus tard, je quitte ma douce qui s’éloigne vers le contrôle
douanier. Je partage un taxi avec 4 autres personnes puis je
retourne dans la cohue pour faire remplir les bouteilles de gaz et
acheter une nouvelle carte SIM pour notre téléphone portable. Je
peux enfin communiquer et surtout mettre le site à jour grâce au
WI-FI de l’hôtel « Marparaiso ».
Le lendemain, je poursuis les achats et je
commande un nouveau pilote automatique (SX-30) aux USA via un
certain Arturo, très efficace.
Pascale me téléphone de l’aéroport de
Marseille, elle est arrivée à bon port, je suis rassuré.
Je retourne aux San Blas le 15 janvier avec le
coffre rempli de bouffe et de jus de fruits, du gaz dans mes
bouteilles et pas mal de matériel pour des amis navigateurs et Kunas.

Je retrouve Badinguet à 17h, je rentre enfin à
la maison. J’ai vraiment détesté Panama City, que de stress et
surtout que de temps perdu dans les bouchons. La ville est moche mis
à part le centre de la vieille ville (Casquo viejo) qui ressemble à
Carthagène avant sa rénovation.
Deux heures de rangement et dodo, la grande
ville m’a épuisé !
16/01/10
Tôt le matin, je file sur l’ile de Yangdup à
la recherche de produits frais, j’y trouve des ananas, des citrons,
des tomates et des œufs, je suis paré pour le départ vers Soledad
Miria. J’y récupère mon équipier et ami Kuna Robertiano et un gros
chargement pour Miriadiadup et nous voila remontant Nord-Ouest au
près bon plein, le pied !

Les jours suivants
Je mouille à ma place habituelle et très vite,
je réponds aux invitations Kuna, je mange midi, et soir avec la
famille de Robertino, du poisson, du poisson et encore du poisson
avec des Yucas… nous chassons et péchons tous les jours, je ne
compte plus les barracudas, les pagres et autres balistes qui
atterrissent, ventre ouvert sur les planches à découper des indiens.
Nous retournons dans des endroits connus en compagnie des requins
gris, des tortues et des grandes raies léopard. L’autre jour, les
Kunas m’ont emmené aux langoustes, j’en ai gardé 4 belles pour
Françoise et papy Jean ainsi qu’un gros pagre rose…
Chaque jour, j’organise une séance « Cinéma »
à bord, je leur donne les classeurs a DVD et ils choisissent selon
l’humeur, en ce moment, les « James BOND » sont très à la mode et il
faut les voir commenter les scènes d’action, d’humour et d’amour…
Ils sont très bon public et se délectent de chaque image. Tous
installés dans le carré, sagement, ils ont beaucoup de respect pour
ce qui n’est pas à eux, à dire vrai, ils sont bien mieux élevés que
la plupart des occidentaux.

Pascale et moi conversons ou échangeons des
mails chaque jour, j’ai réservé le taxi et l’hôtel pour un nouvel
aller-retour à Panama dans quelques jours. En attendant, je passe du
bon temps avec Christophe de « TEOU » qui lui aussi, est
temporairement célibataire. Nous échangeons des films et dégustons
quelques bonnes bouteilles à bord de Badinguet ou du magnifique
catamaran « Looping » TEOU. Mes jambes sont très abimées par les
coraux et je badigeonne de jus de citrons mes plaies infectées, je
danse maintenant très bien les danse Kuna !!! Komen ça fai tro
mal !

Je n’ai pas encore trouvé de quoi soulager les
démangeaisons et l’infection et les 5 jours (surtout les nuits) qui
suivent la blessure sont particulièrement jouissifs !
23/01/10
20 milles de navigation, je ne suis plus
habitué à voyager aussi longtemps !!! D’ailleurs aux San Blas, on ne
s’habitue qu’à la paix, aux bonheurs simples et on a un peu tendance
à oublier tout le reste !!!
Le moteur de l’enrouleur de grand-voile ne
fait qu’enrouler, il ne déroule plus… Une galère en vue, ça faisait
longtemps ! Je démonte le tout mais il ne semble pas que ça vienne
du moteur, peut être de la commande… J’appelle Pascale pour qu’elle
pose la question à Amel, j’aurai la réponse lundi.
Je mouille sous Orosidup dans les iles Robeson,
au fond du golfe des San Blas. J’ai rendez-vous avec Brédio, le
guide qui doit nous emmener remonter le fleuve Mandinga avec
Danielle et Henri de « Rackham ».

A peine arrivé, des dizaines de pirogues
d’enfants entourent Badinguet avec des sourires et des « ola, ola »,
comme en Haïti sauf qu’ils ne demandent rien… Je distribue des
stylos et des « Nuedi » (bonjour en Kuna) puis Brédio arrive à bord
pour négocier le trajet et le coût de notre escapade du lendemain…
Les indiens nous voient toujours arriver de loin et ils connaissent
par cœur, les noms des bateaux et des gens qu’ils rencontrent. Je ne
suis pas surpris de voir débouler Brédio avec sa pirogue alors que
je viens a peine d’arriver.
Dans l’après-midi, je pars en annexe remonter
une rivière encombrée de Cayucos Kunas chargés de bidons d’eau douce
qu’ils prélèvent en amont. Les couleurs sont magnifiques et les
femmes comme les hommes transportent de grandes quantités de flotte
dans leurs minuscules pirogues. Mon annexe joue les intrus mais les
nombreux gestes d’amitié que je croise m’encouragent à aller plus
loin à faible vitesse. L’hélice touche régulièrement le fond de la
rivière et il est sage de faire demi-tour avant de faire des
âneries.. Sur le chemin du retour, je prends en remorque la pirogue
de deux femmes, leur cayuco est tellement chargé que je me demande
comment il ne termine pas au fond !!!

Justino arrive à son tour et se présente, il
veut bosser un peu et me propose de faire tous les inox de Badinguet
demain, marché conclu !
Rackham arrive en fin d’après midi sur une
mer d’huile. Nous dinons à leur bord, Henri s’occupe des ti’ punch
et il n’est pas manchot pendant que Danielle nous fait des patates
de la mort !!!
24/01/10
Il est 5h15, les réveils sonnent, j’ai du
mal !!! Mes plaies ne s’arrangent pas et je me lève rapidement pour
retirer la pommade antibiotique et les désinfecter une énième fois…
Le départ est prévu à 6h, j’ai préparé une grande salade de riz mais
je perds un temps fou pour des bêtises… je passe ¼ h à chercher le
couvercle qui correspond a ce fichu Tupperware et un autre quart
d’heure à fouiller tous les placards à la recherche d’une paire de
chaussette… Les oreilles de Pascale ont du siffler un moment…
Un coup de feu retenti suivi de cris et de
hurlements de femmes, l’ile est toute proche et quelque chose de
grave vient de se passer… les pleurs vont durer plusieurs heures
presque aussi longtemps que le retard de ce fameux Brédio !
Il arrive au bateau avec 1h30 de retard et
nous explique qu’un coup de feu est tiré lorsqu’une personne meurt
pour prévenir les habitants… Henri et moi pensions que c’était
l’inverse, en général, c’est plutôt le coup de feu qui déclenche la
mort et non la mort qui déclenche le coup de feu !
L’entrée du fleuve est à 20 bonnes minutes du
mouillage et la végétation qui borde le rio est impressionnante. Le
Ulu (Pirogue en Kuna, Cayuco en espagnol) nous emmène de méandre en
méandre au plus profond de la jungle. La surface de l’eau est
couverte d’insectes et d’araignées d’eau. Un très grands nombre de
racines et de branches gênent la circulation de notre grande pirogue
mais Brédio à l’avant envoie ses ordres par gestes au capitaine
accroché à son moteur de 15 chevaux.
Plus nous pénétrons dans le Darien, plus la
végétation se densifie et le courant se renforce. Par moment, la
puissance du moteur hors-bord ne suffit plus et notre guide pousse
sur ses « palos », de grands pieux en bois sur lesquels il
s’arque-boute pour écarter la pirogue et l’aider à avancer… Les
passages étroits sont de plus en plus compliqués à négocier et le
manque d’eau rend les manœuvres dangereuses.

1h30 de navigation plus tard, un passage plus
délicat se présente et tout le monde descend pour aider à la
manœuvre. Il s’agit de tirer à la main cette grosse pirogue de
plusieurs centaines de kilos sur un « toboggan » naturel de 10
mètres !!! Nous y passons 45 minutes, trois quart d’heure pour faire
10 mètres à tirer, pousser, faire levier dans une boue collante
jaune et rouge. Nous sommes en nage et couverts de glaise lorsque
nous reprenons nos places à bord.

Cette fois ci, Brédio court sur la rive, pieds
nus et oriente à toute vitesse le Ulu dans le violent courant… Pas
de doute, les indiens Kunas sont chez eux, ici, au fond de la jungle
du Darien…

La pirogue lutte encore de longues minutes
contre les rapides puis la rivière s’élargie et nous pouvons enfin
profiter un peu de ce qui nous entoure dans le calme. Et là, suprême
récompense, au détour d’un virage, un jaguar s’écarte rapidement du
rivage pour rejoindre la jungle, fabuleuse rencontre. Des centaines
d’oiseaux, des vautours, des aigles, des échassiers, des
martin-pêcheurs, des iguanes, et quelques crocodiles jalonnent notre
remontée vers le village de kangandi.

En fin de trajet, il faut régulièrement
descendre pour aider le Cayuco à passer dans si peu d’eau mais
lorsqu’on est assis depuis plusieurs heures sur une planche de bois,
on ne refuse pas un peu d’exercice… Le village est dans une zone de
forêt moins dense et les plans de bananiers plus ou moins alignés
signent la présence humaine.
Aujourd’hui, c’est « Chicha fuerte » (alcool
local fabriqué à base de sirop de canne et de café) et tout le
village est ivre mort !!! La fête dure 4 jours et nous en sommes au
troisième ! Ces fêtes sont organisées par les familles des jeunes
filles lorsqu’elles ont leurs premières règles. On leur coupe les
cheveux courts et elles revêtent la tenue traditionnelle Kuna avec
les bracelets de perles sur les jambes, les robes-Molas, etc.
Le sahila nous accueille en titubant et très
vite, la foule qui nous entoure devient envahissante… Ils se
bousculent, se poussent et certains transportent ceux qui sont
tombés dans un coma éthylique vers la rivière ou leur famille ou
amis tente de les ranimer mais comme tout le monde est complètement
bourré, ça se termine en parties de baignade euphoriques…

Nous dinons un peu à l’écart de l’agitation du
village et nous découvrons avec stupéfaction de jeunes Kunas qui
refusent la tradition… Les filles ont gardés leur cheveux longs et
sont habillées à l’occidentale, les garçons ont le jean au milieu
des fesses, les cheveux plein de gel et des boucles d’oreille
branchées. Tout ce petit monde dort dans des huttes au beau milieu
de la jungle, chercher l’erreur !
Nous sommes également surpris par la saleté
des abords du village. Les déchets s’entassent sous les bananiers et
personne ne semble en être gêné ! L’intérieur du village est très
propre malgré la beuverie générale mais les cases, occupés par de
très nombreux enfants livrés à eux même pendant quatre longues
journées, sont dans un désordre ahurissant… Tout doit rentrer dans
l’ordre à la fin de la période de fête !

Nous repartons vers 13h en appréhendant la
zone de rapides à la descente. Brédio et son capitaine connaissent
la musique et après avoir retiré le moteur hors-bord, ils placent la
grande pirogue à reculons dans le courant. Ils ont chacun un grand
pieux qu’ils manœuvrent à la perfection. Plusieurs fois, le Ulu
percute les murs de boue qui canalisent le torrent mais tout le
monde s’accroche et malgré 15 minutes de galère pour repasser le
toboggan de l’aller, nous nous retrouvons sur le grand fleuve. Les
crocodiles sont au rendez-vous mais difficile de leur dire de
prendre la pose pour la photo et il y aura plus de souvenirs dans la
tête que sur le papier !

Nous retrouvons nos voiliers respectifs vers
16h. Je suis couvert de boue et je me fais ma première lessive en
célibataire, j’ai mis une poudre bleue dans le compartiment,
j’espère que ce n’était pas du « Tang » !

25/01/10
Nous passons la matinée a tester puis trouver
la cause de la panne de l’enrouleur de GV, le petit interrupteur de
commande 3 voies à décidé qu’il ne ferait plus que dérouler la
voile !!! Heureusement que j’en ai un de rechange et le tour est
joué très rapidement.
Je mouille 65 mètres de chaine sous l’ile de
Soledad Miria où je retrouve Prado. Je lui laisse un gros sac de
linge sale et lui commande un Mola avec Badinguet ainsi que des
pains Kunas et des œufs pour le 27/01 lorsque nous reviendrons avec
Papy jean et Françoise.
Téou me rejoint au mouillage en fin de
journée, je leur posterai un courrier important de Panama. Agrippina
m’a préparé des Yucas frits pour ce soir et elle me l’apportera à
bord dans la soirée
Je passe une excellente soirée sur « Téou »
avec Christophe et Miken et lorsque je retrouve Badinguet à quelques
encablures, je remercie le ciel qu’il n’y ait pas de contrôle
d’alcoolémie, oups !!!
Je fais tourner un peu le groupe car les
batteries donnent des signes de faiblesse mais le moteur s’arrête au
bout de 3 minutes… J’ai complètement oublié de ré-ouvrir la vanne
d’entrée d’eau de refroidissement moteur… Je ne suis pas en état de
réparer mais je pense avoir fait une sacrée connerie !!! Après
m’être rincé le gosier sur « Téou », j’ai asséché mon groupe
électrogène !!!, bien joué comme quoi, l’ennemie du marin, c’est la
bouteille !
26/01/10
Il est 7h30, le grand Ulu de Robertino est
là, je suis mort de fatigue, je n’ai pas eu le temps de manger…
Depuis 5h du matin, je suis dans la calle moteur à réamorcer et
changer l’impeller du groupe que j’ai maltraité hier… Mais tout est
rentré dans l’ordre de justesse !
Les Kunas me tendent une vieille bâche, style
nappe toile cirée et me voilà avec ma burka sous les embruns en
direction de Carti pour rejoindre le taxi-brousse de Ricardo.
Les grandes tours de Panama city apparaissent
après les 3 heures de 4×4, je pose rapidement mes affaires à l’hôtel
Marparaiso et fonce en ville pour commander un jeu complet de 13
batteries AGM qui ont exactement le même encombrement que les Delphi
de Badinguet… L’addition est rondelette avec un nouveau débit sur la
caisse de bord de 3000 dollars quand même !
Il est 20h30 lorsque Papy jean précédé de
Françoise arrivent dans le grand hall de l’aéroport international
Tokumen. La navette de l’hôtel nous emmène à vive allure au centre
ville où ils finissent une longue journée de 17h. Ils sont carrément
épuisés et une nuit d’hôtel hyper bruyante au centre ville de Panama
ne va pas les remettre sur pied de sitôt… Mais bon, ils sont là, et
c’est l’essentiel, j’aurai eu l’air finaud s’ils n’avaient pas été
dans l’avion…
27/01/10
Le bruit des klaxons et des échappements
libres est infernal, inutile de chercher à se rendormir… je pianote
sur internet, met à jour le site et passe quelques coups de fil avec
skype à Pascale, Maël et même Mamie, génial !
Il est 8h30 lorsque je risque un coup de
téléphone dans la chambre de papy Jean, c’est bon, ils sont levés,
tout le monde au petit déjeuner !
Nous passons la matinée à arpenter les rayons
du supermercado « El REY » pour acheter du frais (fruits, légumes,
viandes et fromages) et du moins frais (du vin et des bières !).
Ricardo, notre taxi est à l’heure et nous embarquons la bouffe, le
matériel ainsi que nos deux invités de marque encore éprouvés par le
voyage.
La jungle nous enveloppe dans la deuxième
partie du trajet et vers 15h30, nous retrouvons Robertiano et
Robertino dans leur grande pirogue sur le fleuve de Carti. D’après
les regards et les non-dits, je ressens une certaine réticence à
prendre place sous des bâches dans une pirogue indienne au beau
milieu de la jungle… le choc des cultures est rude et les
vaguelettes qui nous arrosent copieusement aussi !!!
Badinguet est bien là, au mouillage, derrière
Soledad Miria, les Kunas s’en sont bien occupé et les batteries sont
chargées à bloc.
Papy Jean et Françoise prennent leur quartier
à l’avant et le vidage des sacs est impressionnant… en fait, les ¾
de leur chargement sont pour nous, du café, de la moutarde, des
digestifs, du foie gras ainsi qu’un grand nombre de pièces
mécaniques viennent s’entasser un peu partout dans le voilier, au
secours !!! Mais j’interromps le déchargement pour emmener les
bretons à terre… alors là, côté « choc des cultures », madame est
servie et monsieur aussi d’ailleurs ! Nous empruntons de petits
chemins labyrinthiques entre les huttes serrées les unes contre les
autres. Des femmes en tenue traditionnelle saluent les trois
visiteurs et la cohorte de jeunes enfants qui les accompagnent.
Bienvenue en territoire Kuna, au Kuna Yala.
Nous arrivons à la hutte de Prado, il a fini
le Mola que je lui ai commandé et il est magnifique ! Badinguet est
représenté sur fond bleu avec des nuages, un poisson et un colibri.
Le travail est superbe et le prix est ridicule en comparaison du
travail effectué, quel souvenir des San Blas !
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Nous retournons à bord non sans avoir salué
toute la famille de Prado et visité le village avec sa hutte des
fêtes et son « congresso ». Nous retrouvons le confort de Badinguet
à la tombée du jour pour la première vraie nuit réparatrice des
voyageurs. Papy jean sort alors une pilule qu’il propose à
Françoise, cette pilule te fait rattraper en une nuit le décalage
horaire, t’y crois à ça ?
28/01/10
Bon, la pilule miracle a l’air de fonctionner,
ils sont un peu moins fatigués mais l’épreuve a quand même été
rude… Il faut dire que si on cumule, 3 heures de TGV, une nuit de
crotte à Roissy, 17h d’avion, une nuit de crotte à Panama, 4h de 4×4
dans la jungle et 45 minutes de pirogue, le voyage est infernal !
Nous retournons à terre pour acheter du pain
et aider Robertiano à porter les nombreux colis qu’il rapporte à
Miriadiadup, et oui, nous avons un passager Kuna !
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Badinguet contourne l’ile et 25 nœuds de vent
établi bien dans le pif nous font changer de direction. Après un
petit conciliabule avec les 3 membres d’équipage, nous nous
déroutons vers Conbonbia pour la nuit en attendant une accalmie
prochaine. Nous y retrouvons tous les bateaux que nous fréquentons
depuis des mois, Téou, Rackham, Aquarius, Zino, Lotus bleu, Pépita
et j’en oublie volontairement !
Je suis fiévreux, nauséeux et très fatigué
mais il faut quand même aller chasser car les poissons et les crabes
promis ne vont pas sauter tout seul dans nos assiettes… Nous
rapportons de quoi manger mais vraiment le minimum syndical, un
crabe et un pagre ! Papy Jean et Françoise vont découvrir le crabe
des San Blas…
Il est clair qu’à vivre dans un milieu
naturel, en plein air et d’avoir une activité sportive régulière
diminue nettement le risque de tomber malade, nous ne sommes
d’ailleurs jamais tombé malades depuis que nous sommes parti.
Lorsqu’on se retrouve confrontés avec les pathologies « citadines
européennes », on n’est plus trop protégé et je pense que Papy Jean
et Françoise ont ramené dans leurs bagages quelques virus de
derrière les fagots…
Nous prenons l’apêro sur Rackham puis tout le
monde dine chez soi et dodo. Le crabe n’a pas fait long feu !
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29/01/10
Robertiano dort dans le carré lorsque je me
lève pour ouvrir la porte et pointer mon nez dehors. Le vent a un
peu baissé, nous partirons en début d’après-midi Nous passons la
matinée à discuter avec nos très nombreux voisins puis nous
déjeunons de pagres et de crabes avant de lever l’ancre. Nous allons
échapper à une soirée déguisée sur la plage de Conbonbia. Il y a là
quelques équipages excessifs et bruyants emmenés de main de maitre
par les Biquets… je ne tiens pas à plonger Papy Jean et Françoise
dans ces beuveries sonores à deux jours de leur arrivée…
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Nous quittons ce mouillage surpeuplé pour
Miriadiadup où nous retrouvons nos amis Kunas. Robertiano retrouve
enfin sa famille. Nous mouillons dans un courant important et le
vent bien établi à 15 nœuds entraine Badinguet dans des louvoiements
à plus de 60°, c’est ça aussi les super maramu !
30/01/10
Je passe la matinée dans l’eau à me moucher
dans mon masque à rater tout ce qui passe, incapable de tenir une
apnée digne de ce nom ! C’est bien simple, je descend à 10m, si le
poisson ne s’est pas pointé et mis de profil à 20 cm de la pointe de
mon fusil dans les 10 secondes et beh, et beh… Et beh, tant pis pour
moi !!!
L’après-midi est beaucoup plus sympathique car
j’ai organisé une petite partie de pêche pour Papy-jean. Les Kunas
nous emmènent dans leur grande pirogue pécher le barracuda.
Françoise est à l’avant, papy jean et moi, tenons fermement nos
cannes à pêche dont j’ai refait les bas de ligne pour la
circonstance et Robertiano nous conduit d’une main experte au ras
des cayes. Nous accrochons nos leurres, des petits poissons
fraichement pêchés directement sur les hameçons et le résultat ne
tarde pas à venir... Un, deux puis trois barracudas atterrissent
dans la pirogue mais je retiendrai surtout, la joie de papy Jean qui
vient de pécher un magnifique spécimen de 1m10 !
Nous déposons notre butin sur la plage et les
femmes Kunas attaquent le nettoyage des prises, ce soir ils nous
invitent à diner…
Nous ne sommes pas trop de 6 pour remonter la
grande pirogue sur la rive à l’aide rondins de bois.
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Nous les retrouvons vers 19h, la table est
éclairée par une ampoule sur une vieille batterie, riz coco, yuca
frit, yuca cuit, bananes cuites, baliste, barracuda frit, fumé, un
festin Kuna ! Et comme Françoise a préparé des crêpes en dessert,
nous sortons de table gonflés comme des outres à 20h…
Je nettoie rapidement la vaisselle avec le
sable de la plage puis, sous une pleine lune dont la luminosité rend
inutile tous les feux de mouillage, nous regagnons Badinguet pour
une nuit bien méritée.
31/01/10
Encore un coup de pêche matinale infructueux,
je reste fatigué, incapable de rester un peu tranquille au fond de
l’eau…, on mangera de la viande, c’est cool ça !
Nous mangeons donc 3 beaux steaks à midi avec
des patates sautées, c’est pas tout les jours fête !
En début d’après midi, nous retournons à terre
pour faire quelques photos de papy Jean et Françoise avec Agrpinna
et Iulia, elles se sont faites belles et le soleil montre enfin son
nez, royal !
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Nous quittons les Kunas de Miriadiadup, les
adieux sont durs, tristes, que de bons moments partagées, que de
repas, de partie de pêche, de rires… Adieu Agrippina, Robertino,
Robertiano, Iulia, Rica Grazilla, Kouailey, Thais nat, adieu mes
grands amis…
J’ai le cœur serré en entendant leurs « coups
de coquillage » en quittant le mouillage, comme d’habitude, je leur
réponds avec la magnifique coquille qu’ils m’ont offert, j’espère
vous revoir un jour, vos enfants seront grands, je serai vieux, je
vous aime.
Le moteur d’enrouleur de grand-voile ne veut
plus fonctionner, quelle galère ! Cette fois-ci, il faut tout
démonter et nous profitons d’une navigation calme pour bricoler. Un
charbon a complètement été pulvérisé et je n’en ai pas de rechange
donc la messe est dite ! Papy Jean insiste pour m’expliquer par A+B
ce qu’il s’est passé, pourquoi, le charbon a cédé, pourquoi le
ressort qui le tenait a chauffé ou l’inverse mais je ne l’écoute
qu’à moitié car la messe est dite, je n’ai pas de quoi réparer…
Résultat des courses, papy Jean est en colère car je n’ai pas prêté
attention à ses explications et on n’a plus de moteur d’enrouleur de
GV. Et tout ça, avec pour point de départ un fichu petit capuchon
d’interrupteur en caoutchouc qui a laissé passé un peu d’eau, une
jolie série de pannes en cascade.
Nous mouillons a cayos lemon Est en début
d’après-midi et nous y retrouvons Rackham et Aquarius entre autres.
L’endroit est très fréquenté et pas moins de 28 bateaux sont autour
de nous, ça c’est de l’intimité.
Comme un vase communiquant, c’est au tour de
papy Jean de tomber malade mais beaucoup plus sérieusement que moi
et la toux incessante le fatigue énormément et je ne suis pas
vraiment équipé pour soigner la grippe pas plus que pour changer les
charbons de l’enrouleur d’ailleurs !
01/02/10
Il est 6h30, un bruit de pompe m’a réveillé…
Le groupe d’eau fonctionne en continu, il doit y avoir un robinet
mal fermé. Je pars donc en quête du fourbe qui laisse échapper le
précieux liquide… Non, tout est bien fermé et même la douchette de
pont n’a pas fauté… Je mets mon nez dans la calle, pas de doute,
cette fichue pompe fonctionne en continu, qu’est ce que c’est que
c’est que ce foutoir ??
Pour ceusses qui ne croient pas en la loi des
séries, on a des preuves !
Papy Jean, enrhumé, se lève à peine que je lui
annonce la bonne nouvelle, voila de quoi bien commencer la journée…
Je réussi à joindre Pascale qui file chez Amel pour poser les
nombreuses questions que je lui dicte… Ce sont, soit la charge des
batteries, soit le pressostat. Et en effet, lorsque les batteries
donnent des signes de tension trop basse, cette pompe se met en
route, incapable d’arriver à la pression d’arrêt…
Voila qui confirme la mauvaise santé du parc
de batterie de Badinguet. Les 13 batteries de 105 AH datent d’aout
2005 et elles sont en fin de vie.

Je mesure a quel point, la présence de Pascale
en France est précieuse. Avec cette série de petites pannes, elle
obtient des réponses rapides d’Amel et peut commander les pièces de
rechange immédiatement. En plus, elle s’occupe avec Arnaud et
Wilfried de la vente de Manitou 2 (notre premier bateau) avec une
détermination et une efficacité remarquable.
Vers 16h, nous partons chasser avec Henri mais
les poissons sont décidément un étage plus bas que ma limite du
jour… Mon mentor en la matière qui descend allégrement à 20 mètres,
remonte avec son fusil et un petit bout de fil nylon. Un énorme
pagre est parti mourir avec sa flèche dans les profondeurs des San
Blas…
Nous dinons tous sur Badinguet avec Rackham et
Aquarius… Au menu, Foie gras, Bœuf bourguignon, façon « jean
POITOU », pommes de terre et clafoutis en dessert. En digestif, nous
ouvrons la bouteille de poire williams, que du bonheur, sauf pour la
bouteille qui prend dés son ouverture, une méchante claque !
02/02/10
Aujourd’hui, journée bricolage ! Nous
changeons le solénoïde du four, le calculateur du pilote automatique
et contrôle rigoureux de toutes les batteries de Badinguet, c’est
bien simple, elles sont toutes mortes car leur tension ne dépasse
pas 12.5V chargée à bloc ! Il y en a bien une encore plus fatiguée
que ses sœurettes mais inutile de la déconnecter vu l’état du parc !
Je passe la matinée sur Rackham a donner un
cours sur la création de site web a Danielle puis je fais plusieurs
aller-retour sur « Maât », un Privilège 47 pour des échanges
d’information sur les déssalinisateurs ou le passage du canal…
Papy jean passe sa journée à tousser et
Françoise part nager sous un ciel chargé.
Nous passons la soirée sur le catamaran « Maât »
de Bernard et Marie à boire quelques apéros dans une ambiance très
chaleureuse.
03/02/10
Le vent est de 20 nœuds et « Holiday », le
Bénéteau de Daniel et Bisserka est en panne de PC, j’y passe
quelques minutes puis nous partons à trois voiliers en direction du
Sud-ouest vers les iles Robeson. Badinguet ouvre la marche suivi de
« Holiday » et « Aquarius ». Nous filons à 9 nœuds sous génois et
artimon dans une mer formée et je regrette un bon moment de ne pas
avoir remonté l’annexe car elle a une fâcheuse tendance à vouloir
nous dépasser dans les surfs, oups !

Nous mouillons sous le vent de l’ile la plus à
l’Ouest, « Tupsult Dummat », nos deux amis arrivent rapidement à nos
côtés. Une pirogue puis deux puis trois se rapprochent, ils
m’appellent par mon prénom, je rêve !! Je suis venu la semaine
dernière et ils se rappellent de mon nom, je suis bluffé, nous
discutons un bon moment sous le soleil qui commence a pointer son
nez lorsque une autre embarcation approche… L’adulte à l’arrière
demande à papy Jean s’il veut de la viande… Pour mon père,
l’Espagnol est une langue extraterrestre donc il m’appelle pour la
traduction… Je pointe mon nez dans le cockpit et traduit la
proposition du Kuna mais je suis septique, comment ces indiens
ont-ils de la viande??? Le jeune enfant à l’avant de la pirogue se
lève alors et brandit un iguane ligoté les pattes dans le dos.
-
Nic : Eh, P’pa, tu veux manger de l’iguane ?
-
Papy Jean : Hein ? Heu, non, ça va !
-
Nic : Tu es sur, c’est super bon !
-
Papy Jean, Ah bon ? c’est vrai, tu crois ??
-
Nic : Mais non, je plaisante ! Aucune envie de bouffer du
lézard !

Tout le monde est prêt et trois dinghy se
rapprochent de la côte pour engager la petite rivière où les Kunas
s’approvisionnent en eau douce. A l’entrée du cours d’eau, un Indien
nous invite à le suivre, il veut nous emmener au cimetière qui borde
la rivière…
En effet quelques kilomètres plus loin, nous
attachons nos annexes à un piquet que notre guide improvisé vient de
planter dans la terre meuble de la rive. Nous grimpons un escalier
de terre sur une vingtaine de mètres… Il y a là une bonne douzaine
d’enfants et quelques adultes qui semblent garder l’endroit en
s’amusant. Des toits de huttes protègent des tombes familiales
groupées par trois. Sur les petits monticules sont disposés les
tasses, les assiettes et les objets personnels du défunt. Tout
autour de cette colline, la jungle a repris ses droits et la
végétation est exubérante. Papy Jean et Françoise découvrent une
nouvelle facette de la vie de ces indiens extraordinaires. Parmi les
enfants se trouve une jeune Kuna albinos, il y en a beaucoup sur les
iles et peu se laissent photographier, témoin innocent d’une
consanguinité inexorable.
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Sur le chemin du retour, les enfants réclament
des photos et prennent la pose dans la bonne humeur tout en
continuant à jouer. Nous redescendons le petit escalier pour
rejoindre nos embarcations. La suite de la balade se termine à la
pagaie car la profondeur de la rivière ne permet plus l’utilisation
du moteur. Nous arrivons à l’endroit où les Kunas prélèvent leur eau
douce, c’est notre terminus. Demi-tour en jouant un peu les
dinghy-tamponneurs puis nous rejoignons Badinguet.
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Il est 17h lorsque Marco vient me chercher, le
fils de Justino (2 mois) est malade et son père nous explique qu’il
a de l’asthme, je vais vérifier s’il n’est pas encombré… Nous
abordons le village et la lumière du jour décline rapidement. Retour
en arrière de plusieurs siècles, les femmes ont presque toutes les
seins nus et ne montrent aucune pudeur, un petit attroupement nous
attend devant la hutte de Justino dans laquelle je pénètre. La
disposition est habituelle avec des hamacs au milieu et le coin
cuisine au fond de la hutte sombre. Je devine plus que je ne vois la
maman se balançant avec son bébé dans les bras.
Je me retrouve obligé de placer l’enfant sur
une chaise pliante devant l’entrée de la hutte car la seule lumière
vient de l’extérieur et je ne me vois pas manipuler un nourrisson
dans le noir sur un hamac ! Je commence tout doucement par effectuer
des compressions sur le thorax du bébé. J’y vais très prudemment car
un bébé de 2 mois n’est déjà pas gros mais un bébé Kuna, c’est
carrément une crevette ! Une femme âgée fait irruption en poussant
les nombreux indiens attroupés devant l’entrée de la hutte. Marco
fait barrage et essaye de calmer la femme. C’est la grand-mère du
petit et elle est complètement déchainée, elle hurle en ameutant les
occupants de huttes voisines. Nous ne comprenons rien à ce qu’elle
raconte mais cette vielle indienne me menace clairement, et tout le
monde l’écoute avec attention ne sachant plus en qui avoir
confiance... Je place le bébé sur les genoux de son père pour
effectuer la manœuvre d’expectoration, la plus efficace mais aussi
spectaculaire et lorsque je commence à appuyer sur le cou du petit
bonhomme, la scène vire au cauchemar ! Le bébé est tout rouge, la
grand mère est verte de rage, la mère devient blanche et part en
criant… Et là, je me mets à transpirer comme un buffle en cherchant
à analyser la situation rapidement… C’est bon, j’arrête les frais…
Le faible encombrement de ce bébé ne justifie pas un tel désordre
dans le village… Je quitte la hutte lorsque la mère réapparait pour
se saisir de son rejeton et le coller sur son sein… Tout rentre dans
l’ordre très rapidement et même la grand-mère finit par sourire et
plaisanter, plus de peur que de mal mais quand même beaucoup de
peur… Et pas que pour la grand mère car je n’ose imaginer la suite
des événements si le bébé avait fait un malaise…_small.jpg)
04/02/10
Papy-jean et Françoise se lèvent un peu tard
et attaque le rituel du petit déjeuner vers 9h30, nous avons
rendez-vous à 10h30… Nous finirons, bien évidemment en retard,
stressés et l’histoire retiendra que j’aurai du les réveiller plus
tôt ! J’ai préparé une salade de riz et nous avons de l’ananas en
dessert et même du café que papy jean met 1/2h a préparer en
repeignant la cuisine du sol au plafond !
Nous voilà enfin les fesses posées dans la
grande pirogue de Brédio… Enrica, Marco, Pablo, Bisserka, Daniel,
Allan et enfin, l’équipage de Badinguet toujours privé de sa pièce
maitresse qui se les gèle en métropole !
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Lentement, le Ulu découpe les eaux calmes du
Rio Mindinga, tout le monde tient son appareil photo à la recherche
de « THE PHOTO OF THE CROCO ». Tout le monde est ravi de cette
petite excursion en jungle, sauf, peut être, les crocodiles dérangés
par le bruit du moteur hors-bord qui disparaissent rapidement dans
les eaux sombres. Le téléobjectif est le seul moyen de les approcher
vraiment, il y a bien la méthode de laisser trainer sa main ou un
enfant en dehors de la pirogue mais personne n’est tenté…
Vers midi et demi, nous arrivons au bout de la
partie praticable du fleuve et tout le monde prend pied sur une
petite plage molle pour se restaurer. Nous y mangeons, discutons,
plaisantons pendant une bonne heure sans apprécier l’endroit à sa
juste valeur, dommage. On pourrait se croire au bois de Vincennes
mais s’immerger dans une telle atmosphère nécessite du calme, du
silence, moins de monde, pas d’enfant, etc. Nous passons quand même
un très bon moment en compagnie de nos amis.
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Nous redescendons le fleuve avec une nouvelle
quête de « THE PHOTO OF THE JAGUAR » et là, nous ne serons pas
récompensés…
La jungle continentale (le Darien) qui isole ces iles paradisiaques
du reste du monde est réputée impénétrable et les nombreux
crocodiles que nous avons croisé sur les fleuves sont comme les
gardiens dérisoires d’une culture qui se meurt lentement. Les
plaisanciers sont certainement responsables malgré eux de cette
agonie mais comment éviter de les polluer, des les corrompre et de
les influencer ?
A peine de retour sur le voilier, Françoise
désire aller faire un tour à terre et nous prenons l’annexe. Nous
abordons l’ile surpeuplée par un petit ponton branlant entre une
cage à cochon et quelques pirogues. Nous serpentons quelques
secondes entre les huttes pour rejoindre une allée un peu plus
large. Le congresso et la hutte de la chicha sont toujours placés au
centre du village et nous rencontrons le 1er sahila, qui s’est
habillé rapidement pour l’occasion. Nous sommes présentés par nos
prénoms par un indien que je connaissais et nous discutons un moment
en se serrant longuement la main, rencontre du troisième type au
beau milieu de l’ile de « Tupsuit Dummat » dans le fond du golfe des
San Blas…
Tout le monde finit a bord de Badinguet pour
un dernier apéro en compagnie de nos chers amis d’Aquarius.
L’émotion est grande lorsque nous nous étreignons Marco et moi en
fin de soirée… Salut les amis, que de moments partagés encore depuis
8 mois et que de chemin parcouru avec vous et grâce à vous… Je sais
que vous lirez ce texte un jour alors Pascale se joint à moi pour
vous serrer très fort contre nous, on vous aime.
05/02/10
Le départ est prévu à 9h et j’ai pris soin de
réveiller les marmottes qui hibernent à l’avant de Badinguet…
« Holiday » de Daniel et Bisserka et leur petit Allan nous
accompagnent à Porvenir, ils vont y faire leur entrée administrative
et nous la sortie…
Après avoir rempli les formalités au bureau de
l’immigration, nous mangeons au restaurant avec « Zino » et
« Holiday » puis retour à bord pour préparer un nouveau départ.
1/2h de moteur plus tard, nous mouillons à « Chichime »
où « Zino » nous rejoint quelques minutes après. L’endroit est
magnifique, le genre de coin qui te fiche un paquet de regrets
lorsque tu y passes ta dernière journée… Nous partons nous baigner
avec papy-Jean pendant que Françoise, tel le christ se lance dans la
multiplication, non pas des petits pains mais des yaourts.
J’installe le genaker et le tangon bâbord
pendant le déssalinisateur dessale, la machine à laver lave et Papy
Jean fait ses mots fléchés. Dans la soirée, tous les copains se
succèdent à la VHF pour nous souhaiter « bon voyage ». Il s’en ai
passé des choses de ce coté du canal, là j’ai vraiment les boules de
partir…
Il fait beau et chaud, l’eau est turquoise, on
se demande pourquoi on s’en va… Le voilier est chargé de souvenirs,
de Molas, de pagaies et de coquillages, mais au-delà de l’art Kuna
connu dans le monde entier, nous retiendrons surtout la simplicité,
les sourires bienveillants et la gentillesse infinie de ces hôtes
qui nous tolèrent sur leur territoire au risque de se perdre….

J’ai eu un certain Yariel au téléphone que m’a
conseillé Fidji (qui a passé le canal la semaine dernière). Cet
agent me garanti un passage du canal de Panama en trois jours, si ça
pouvait être vrai, l’optimisme est de rigueur en tous cas…
Il est 19h15, Papy jean nous a préparé des
patates sautées et du filet de bœuf, le téléphone sonne sur la
table à cartes.
-
Nicolas : Allo ?
-
......... :
Nicolas ???
-
Nicolas : Si yo soy Nicolas
-
......... :
Es Robertiano de Miriadiadup, como estas ?
-
Nicolas (le cœur serré) : Si, muy bien, gracias, y
tu ?.............. Comment leur dire tout ce que je ressens a
travers ce fichu téléphone cellulaire et cette langue espagnole que
je ne maitrise pas assez pour faire passer ces émotions ?
Ce coup de fil va durer deux minutes avec des
hésitations, des bégaiements, des silences mais je mesure à présent
l'amitié qui s’est nouée entre nous, je sais que je ne les
oublierai jamais et je découvre que c’est réciproque, les mots sont
inutiles…
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