![]() |
Roumanie |
![]() |
Enfants abandonnés de la gare de Bucarest...
Brassov. Notre loft d'une nuit...
Brassov, notre loft d'une nuit...
Le marché dominical de Brassov...
La boulangerie de Brassov...
Centre ville de Brassov...
Cabines publiques à Brassov...
Les réparateurs de Tramway de Brassov...
Un troupeau de moutons sur l'Autoroute...
Le Château de Bran...
Le Château de Bran...
Le Château de Bran...
Le château de Bran...
Le château de Bran...
Le château de Bran...
Dans les bois, au col de Rurcar...
Séance de stop !!!
Rurcar, en Valachie...
Le vieil homme de Rurcar...
Rurcar, en Valachie...
L'église Orthodoxe de Rurcar...
Halte dans le seul restaurant de Rurcar...
Sur la route de Cinpulung...
Laissés au milieu des Carpathes par des mineurs...
En route pour le lac Vidra...
Dans les Carpathes avec des bûcherons Roumains...
La Polenta Roumaine...
Le monastère de Bistrita en Bucovine...
Les monastères de Bucovine...
Les monastères de Bucovine...
Sur la route de Bradetu...
Sur la route de Bradetu...
Sur la route de Bradetu...
A travers les alpages, vers vers le Château de Dracula...
Toilette matinale...
Sieste les alpages...
Des alpages aux bergeries...
A la sortie des Alpages, dans Poénari...
A la sortie des Alpages, dans Poénari...
A la sortie des Alpages, dans Poénari...
Les paysans de Poénari...
A la sortie des Alpages, dans Poénari...
Poénari, à quelques km du Château de Dracula...
La mouche du restaurant de Poénari...
Barrage de l'Argès, quelques km en amont du Château de Dracula...
En vue du Château de Dracula...
En vue du Château de Dracula...
A quelques mètres du Château de Dracula...
A quelques mètres du Château de Dracula...
A quelques mètres du Château de Dracula...
Campement dans le Château de Dracula...
Le militaire qui garde la montagne du Château de Dracula...
Visite du Château de Dracula à la tombée de la nuit...
Visite du Château de Dracula à la tombée de la nuit...
Visite du Château de Dracula à la tombée de la nuit...
Départ du Château de Dracula...
L'immense hall de la gare de Bucarest grouille de monde. A quelques mètres devant nous, des enfants d'une demi-douzaine d'années jouent à se courir après, tandis que d'autres fument des mégots de cigarettes ramassés sur les rails. Coiffés de leur bonnet à pompon et emmitouflés dans de vieux anoraks, ils sont les victimes de la politique nataliste désastreuse de Ceaucescu. Nés à une époque où la contraception et l'avortement étaient interdits, où les femmes devaient avoir quatre enfants et où l'abandon était autorisé, ces enfants attirés par la grande ville sont venus de leur campagne pour rester sur Bucarest où ils espèrent survivre... Ces enfants perdus jouent et la crasse sur leur visage intensifie l'éclat de leur sourire. Ces enfants perdus restent des enfants... Jusqu'à quand!
Arrivée à Brassov de Nuit, nous trouverons à nous loger dans un immeuble en construction, à la barbe des chiens du gardien somnolant dans sa guérite.
J'ai cauchemardé toute la nuit. Réveillé le premier, j'immortalise la scène en photographiant Nic groggy d'avoir dormi dans notre salon côté fenêtre par -2C°... Sans Fenêtre...
Nous étions rentré dans le marché pour trouver à manger. Nous ressortirons avec deux toques roumaines, et quelques graines de tournesol, seules victuailles en vente sur les stands... "Yves, j'ai un Scoop, les roumains sont des oiseaux !".
Nic partit trouver une boulangerie dans le centre de Brassov, disparaîtra une heure et demi dans une queue interminable avant de revenir avec une miche de pain...
Un viel homme tout courbé, arpente difficilement la grand place de Brassov pour se rendre à l'église...
En Roumanie, il est impossible de téléphoner à l'étranger à partir d'une cabine publique. Il faut nécessairement appeler d'un centre téléphonique... quand on en trouve un d'une part, et ouvert qui plus est...
Des roumains réparent des jonctions de câbles de bus électrique. A chaque bus qui passe, les hommes reculent pour éviter les gerbes d'étincelles qui leur tombent dessus.
Le chauffeur freine brusquement. La Dacia incontrôlable, dérape en faisant de dangereuses embardées avant de s'arrêter au ralenti au milieu d'un troupeau de moutons remontant tranquillement l'autoroute vers le Nord! On croit rêver! Il y en a partout, sur les trois voies, dans les deux sens. Nous roulons au pas au milieu des bêtes méconnaissables tant la laine crasseuse qui leur a poussé sur le dos, les a rendus difformes! Les béliers donnent des coups de cornes féroces contre les carrosseries des Dacias, mais personne n'ose klaxonner de peur de se faire agresser par les berger aux allures inquiétantes. L'un deux, l'œil mauvais, passe à côté de la voiture et inspecte l'intérieur en nous défiant du regard. Le conducteur blême, reste les yeux rivés sur son volant en se faisant le plus petit possible. Crasseux, la peau tannée par le soleil et le froid, le berger porte sur ses épaules un solide bâton par-dessus lequel il a passé une lourde peau de bête, le tout lui confèrant une carrure impressionante...
Construit au XIIIème siècle par le chevalier teutonique Dietrich, le "Castel Bran", draine aujourd'hui des touristes du monde entier, fascinés par le mythe de Dracula.
Nous déposons les sacs à l'accueil et faisons un rapide tour du "Castel Bran". Le château est en cours de rénovation, ce qui ne l'empêche pas de faire un peu trop village vacances à notre goût. Le plus intéressant se trouve bien sûr derrière les portes fermées, que nous ouvrons sans le faire exprès en forçant un peu !
Dans le Château, nous tombons en plein décor de film d'Herold Flynn, au milieu d'une multitude de meubles d'époque magnifiquement sculptés, de vieux trônes, d'armes et d'armures d'antan, et de beaucoup d'autres objets anciens qui enchanteraient bien des antiquaires...
A l'office du Tourisme Roumain, on vous présente à tort le Château de Bran comme étant celui de Dracula.
En réalité Dracula, Prince de Valachie, ne séjourna que quelques jours tout au plus dans le Château de Bran, et en tant qu'invité de surcroît.
Départ du Château de Bran, en quête du véritable Château de Dracula...
Yves: "Une forêt, un feu, une soupe, un bout de sandwich et au dodo! C'est ça la vraie vie! Ne pas se prendre la tête avec des problèmes qui n'en sont pas !"
Nic: "T'as raison Meulière! Moi, je connais un vrai problème qui va bientôt te prendre plus que la tête!... Un problème de trois mètres de haut, plein de poil, avec des crocs comme mes pouces!"
Y: "Quoi ?!"
Nic: "Ceaucescu avait fait venir des grizzlys des Etats-Unis pour les lâcher dans les Carpates?"
Yves : "Qu'est-ce que tu racontes, pourquoi faire?!"
Nic: "Pour le plaisir de les chasser! Les ours bruns ne lui suffisaient plus!"...
Scéance de Stop épique dans une cabine en fer. Un bruit assourdissant. Un voyage dans une caisse de résonance assis sur des bancs non fixés au plancher. J'ai un pied calé sur des lattes de bois vissées au sol et l'autre retenant un énorme fût de gasoil ouvert, risquant à tout instant de se déverser sur nous. Nic essaie de voir la route par une petite glace de Plexiglas donnant dans la cabine avant et constituant notre seul lien avec l'extérieur.
Nic : "C'est un fou, Meulière. On vole!!! La voiture ne touche plus la route. Il conduit comme un taré! On frôle le ravin à chaque virage!!!"
Yves : "Si on saute, ça va faire un drôle de méchoui. On n'a aucun moyen de sortir! "
Nous partons à la recherche d'un magasin d'alimentation. Il n'y en a apparemment qu'un en ville et il est fermé. Ses vitrines sont vides, hormis quelques bocaux en verre contenant des légumes méconnaissables tant ils ont perdu de leur couleur.
Assis sur un banc en bois, un vieillard sans âge laisse la vie le dépasser, les mains serrées sur le pommeau d’une canne noueuse...
Nous nous engageons sur un chemin de terre en direction d'une petite église orthodoxe, dans l'espoir de trouver des commerces aux alentours.
Des enfants en locques, jouent au foot-ball devant l'église. Il est amusant et anachronique à la fois de les entendre s'appeler les uns les autres Marco Van Basten ou Jean-Pierre Papin...
Il n'y a que des saucisses de porc à manger et de la bière à boire....
Nic: "C'est bizarre ce pays. On dirait vraiment qu'ils ont pété plus haut que leur cul! Regarde la salle, elle est gigantesque et il n'y a personne. Ils ont construit partout des choses grandioses et ils n'arrivent pas à les entretenir. Ou alors, ça ne marche pas, comme ce restaurant!"
Yves: "Ça rappelle les magasins à Brassov. Ils étaient d'autant plus grands qu'il n'y avait rien à y acheter. C'est dramatique."
Nic: "Avec le temps, toute la région va devenir un pôle d'attraction touristique formidable. Ce restaurant, c'est une super affaire. Je suis sûr qu'on peut l'avoir pour une bouchée de pain. Dans dix ans tu verras, ça vaudra des millions!
Yves: "T'as raison Nic, achète-le! Dans dix ans quand je reviendrai je me dirai "Il a réussi Poitou!"."
Les maisons à flanc de la montagne sont très pittoresques et participent au dépaysement total que nous ressentons. Une tzigane habillée tout en couleur, pend du linge dans son jardin tandis que ses cochons sauvages font la sieste à deux pas de là, affalés dans la boue... Nicolas pose son barda une vingtaine de mètres plus loin et commence à faire du stop
Des hommes crasseux, les cheveux gras, en bleus de travail noircis et déchirés, sont entassés à l'arrière d'un camion archaïque. Ce sont des mineurs, mais ils ne leur manquent plus que des chaînes aux pieds pour ressembler à des bagnards. Le plancher improvisé est constitué de planches de bois simplement posées sur le châssis, et d'une grande bâche en caoutchouc recouvrant le tout pour éviter que l'on passe au travers. L'arrière de la cabine repose directement sur l'essieu sans suspensions et les hommes résignés s'envolent littéralement à chaque trou ou rocher émergeant du chemin de terre... Le camion s'arrête finalement au milieu de nulle part pour nous déposer, et nous l'immortalisons tandis qu'il s'engage sur un chemin de terre grimpant à flanc de montagne,
Yves: Je n'ai qu'une seule chose à dire, Dantesque!
Nicolas sourit...
Le chemin à suivre pour arriver au lac Vidra traverse un paysage à la fois sauvage et magnifique. Il longe une rivière coulant au creux de gorges encaissées entre des falaises gigantesques surmontées de pins centenaires. Nicolas déplie la carte routière. Nous essayons de faire le point... C'est à ne rien y comprendre?! Nous devrions nous trouver sur une nationale, ou tout du moins sur une route goudronnée. Optimistes, nous concluons que la carte doit se tromper et que la route indiquée est en cours de construction. Cela expliquerait le fait que nous n'ayons pas vu une seule voiture s'y engager pendant les deux heures de stop de ce matin. Enfin bref, nous sommes perdus!...
Les bûcherons sortent sous la pluie battante armés d'une barre à mine et soulèvent des troncs de 15m de long pour passer des câbles métalliques autour. Ils forment une équipe soudée où chaque geste est précis et où toute erreur est mortelle... Le chauffeur surveille les opérations et crie les ordres. Une fois les câbles ajustés autour des troncs, il remonte à bord et actionne la télécommande des treuils. Les troncs d'arbres sont hissés lentement à l'arrière du bahut qui bascule dangereusement sous l'effet du contre poids,
Nic: "YVES, FAIS GAFFE!"
Les énormes troncs valdinguent dans tous les sens au-dessus de la remorque dans un fracas assourdissant. Le camion bascule de droite et de gauche comme un vulgaire jouet jusqu'à ce que les troncs se stabilisent à l'arrière. Nous croyons un instant finir écrasés dans la cabine. J'ai le souffle coupé. Nic lui, reprend doucement ses esprits,
Nic: "C'est dingue Meul! On appelle ça "l'enfer", ils appellent ça "chez eux"!"...
La mère d’Helena m'invite à me servir largement en semoule compacte, et en fromage blanc de chèvre non battu. Je hais déjà le fromage blanc "tout court", mais alors de chèvre non battu avec des grumeaux, j'appréhende!
J'en ai plein l'assiette et ne sais pas par quel bout commencer. Je prends un bloc de semoule, un peu de fromage blanc, et mâche doucement... Tout le monde me regarde. Je meurs mais il faut rester zen, ne rien laisser transpirer. "Nic-le-fourbe" attend patiemment que je finisse ma première bouchée pour commencer à manger,
Nic: "Alors?"
Yves: "... Tu vas voir, tu vas aimer!" ("Statuesque")
Nicolas pique un fou rire à s'en étouffer. Très gêné, je rassure tout le monde en disant que je trouve cela excellent, et en reprends une seconde cuillerée pour le prouver! Cette fois-ci j'avale le tout sans mâcher, et bois de l'eau pour faire passer... Nic rit aux larmes sous la table. Il sort de la cuisine avec son assiette pour tenter de se calmer. Et tout le monde rit avec lui en l'entendant...
Le bus prend un chemin de terre et s'arrête plus loin aux portes du Monastère de Bistrita dont le clocher massif de l'église orthodoxe, dépasse des grands murs de l'enceinte. A la descente du car, les femmes dénouent leur foulard d'autour du cou pour se l'attacher sur les cheveux. Le monastère construit en l'an 1430 inspira Bram Stocker qui plaçait le Château de Dracula non loin de là dans son roman. Vlad Tepes lui-même en faisait construire un à chaque fois qu'il revenait d'une campagne militaire où il avait été particulièrement sanguinaire. C'était “son moyen à lui” d'expier ses péchés et d'annuler sa dette envers Dieu!
Le soleil bas sur l'horizon, darde ses rayons à la lumière chaude et orangée sur les murs du cloître. Nous passons la grande porte du domaine et pénétrons vingt mètres plus loin dans l'église orthodoxe.
Si l'église très sobre d'aspect ne paye pas de mine de l'extérieur, l'intérieur est lui à couper le souffle! Nous traversons une succession de trois salles sombres aux plafonds voûtés, débouchant sur une quatrième toute scintillante, et restons ébahis devant les peintures de scènes bibliques recouvrant les murs du sol au plafond...
La quatrième salle pleine de dorures et de magnifiques fresques colorées, est éclairée par un grand chandelier au-dessus d'un autel majestueux. Le sol est recouvert d'un tapis de corde usée qu'une vieille dame ratisse le dos courbé, avec une petite balayette.
Des jeunes filles entrent en rajustant leur foulard sur les cheveux. Les roumaines avancent têtes basses jusqu'à la première icône de l'autel. Elles se signent, se mettent à genoux, se relèvent, et recommencent une dizaine de fois avant de poser avec cérémonie les lèvres sur l'image pieuse et passer à l'icône suivante... Les jeunes roumaines se tiennent à présent devant l'icône principale au centre de la pièce. Elles prient tête baissée, s'agenouillant et se signant régulièrement, quand un vieux pope sans âge à la longue barbe blanche entre dans la salle par une porte dérobée. La vieille dame arrête alors pour la première fois d'épousseter les tapis, et se redresse difficilement pour nous indiquer la fermeture toute proche du monastère.
Nous suivons pendant une petite heure le ruisseau transportant les eaux usagées du village. Plus nous avançons et plus les maisons sont pauvres...
Les gens habitent dans des bicoques dont l'aspect tend à penser qu'elles vont s'effondrer d'un instant à l'autre. Il n'y a pas âme qui vive. Les arbres dénudés aux racines et aux branches noueuses, donnent à cette fin de journée un air fantomatique.
Le paysage tout autour est enivrant. Les terres vallonnées des alpages, d'où émergent ici et là de véritables bombes de terre, sont parsemées de petites bergeries en bois toutes identiques. Ces dernières d'environ cinq mètres de côté pour deux mètres de haut, sont surmontées d'un toit servant à entreposer de la paille...
Cela fait maintenant deux heures que nous crapahutons. Le plus dur n'est pas de marcher au gré du relief accidenté, mais d'enjamber les centaines de haies branlantes en bois qui entourent chaque bergerie et découpent les alpages en centaines de petits lopins de terre. Comme un fait exprès, ces "satanées" barrières nous arrivent au niveau du nombril!
N: Meulière, un faux mouvement et on perd notre virilité!
"OOUUAAAHHHHHHH!!!...." Nic se lave, toujours aussi réservé et égal à lui même. C'est comme ça qu'on l'aime! Il s'asperge d'eau glacée en criant et j'ai tellement mal pour lui que j'en oublie la morsure du froid sur mes mains. De l'eau à 5°C, quoi de plus génial pour dégraisser les gamelles sales de la veille...
Nic mange ses "huit" carrés de chocolat, boit un peu de lait concentré sucré et s'endort comme un bébé. Après la nuit blanche qu'il a passée à faire du bobsleigh dans la tente en pente, la douche gelée à jeun de ce matin a fini de l'achever!... Je sors mon calepin et prends quelques notes pendant qu'il récupère. Le ciel est bleu, le soleil brille, c'est la vie de château...
Nic: "J'ai dormi longtemps?"
Yves: "Une demi-heure tout au plus."
Nic: "J'ai rarement eu un coup de barre pareil... Je commence à en avoir ma claque de cette forêt de ronces!"
Yves: "Pendant que tu dormais, j'ai repéré un chemin qui va vers l'Ouest un peu plus bas. On n'a qu'à le prendre, il nous mènera bien quelque part…"
Après quelques heures de marche dans un paysage vallonné somptueux, nous arrivons aux portes de Poénari, un petit village aux maisons très pauvres disposées le long d'une route de terre se perdant à l'infini...
Des paysans, hommes et femmes, travaillent la terre courageusement. Nous leur faisons signe au loin et ils nous saluent à leur tour, les hommes en brandissant leur toque et les femmes d'un geste amical de la main. Ils répondent toutefois avec un temps de retard, sans doute dû à leur étonnement de voir des étrangers ici...
Les lignes hautes tensions silencieuses qui nous suivent depuis que nous sommes entrés dans le village, ne délivrent pas de courant à l'instant présent. Une femme sur sa charrette arrêtée à quelques pas au pied d'un pylône, nous regarde avec curiosité. Elle se retourne, méfiante, lorsque Nicolas veut la prendre en photo.
Un vieux paysan solide et trapu nous rattrape. L'homme est coiffé de la traditionnelle "caciola" (tête d'obus) et porte le gilet de peau de mouton. Sa femme l'accompagne mais reste timidement en arrière… Ce robuste roumain est un digne descendant des hommes de guerre qui combattirent l'envahisseur turc sous les ordres de Dracula, pour sauvegarder la liberté et la dignité que procure la possession de la terre. Cette dignité, les paysans d'ici l'ont conservée en vivant en “pseudo” autarcie au milieu des Carpates, luttant sans cesse contre la rudesse des montagnes bien à l'abri du joug totalitaire de Ceaucescu... Le paysan arbore un sourire radieux. Nous sommes "ses" premiers touristes. Il nous tend une chaleureuse poignée de main où il ne reste que trois doigts. Si nous n'étions pas si pressés, nous passerions des mois entiers à vivre avec ces hommes de la terre, qui auraient beaucoup à nous apprendre...
A mesure que nous avançons sur le chemin de terre boueux, les maisons en bois disparaissent pour laisser la place à des maisons en briques. Seulement, les paysans manquant de matières premières sont contraints de réduire au minimum le filet de mortier qui maintient les briques entre elles, de telle sorte que leurs habitations paraissent pour certaines, aussi étanches que des passoires!
Le vieil homme nous demande dans un français impéccable si nous sommes des journalistes.
Nic: "Non, juste de simples touristes"
Yves: "Excusez-moi mais vous savez si nous sommes encore loin des ruines du château d'Arefu?".
Le vieil homme: "Je ne connais pas de château d'Arefu... Par contre il y a une Citadelle de Poenari sur les bords de l'Arges à quelques kilomètres d'ici vers le nord."
Je jette un œil complice à Nicolas. Avec un peu de chance, nous devrions dormir au château de Dracula cette nuit...
Y: Tu as vu à quelle vitesse les plats sont arrivés? Bonjour la cuisson!
N: Je m'en tape, j'ai trop faim!
Y: Fais gaffe, ce serait bête d'attraper le vers solitaire. En plus c'est du porc!
Je découpe délicatement et inspecte avec minutie chaque petit bout de mititei avant de l'avaler. L'intérieur est encore cru. Nicolas me regarde œuvrer en se gavant de pain et de saucisse. Je découpe un nouveau morceau de mititei et découvre dans la viande encore saignante, une petite boule noire avec un bout de fil qui dépasse. Je l'extrais délicatement avec mes couverts, me doutant de ce que cela peut être sans toutefois vouloir y croire. Nic la bouche pleine, a les yeux rivés sur ce que je sors de ma saucisse: UNE MOUCHE...
La tenant de marbre entre le pouce et l'index, je l'inspecte sous toutes les coutures avant de la jetter comme si de rien n'était. Nicolas est effaré. Sa mâchoire tombe sur la table et ses yeux sortent de de leur orbite.
Nic: "Yves, c'est pas possible!!"
Yves: "tu veux ma part ? J'ai plus faim..."
La vue du haut du barrage est impressionante. Il y a bien sûr la sensation de vertige, mais aussi l'étrange sensation que procure l'image irréelle du bassin à la fois gigantesque et vide en amont de l'édifice. Le ciel gris et les montagnes couleur rouille aux arbres dénudés tout autour, participent au caractère austère et désolé du paysage.
La voiture qui nous a prise en stop traverse le petit village d'Arefu sur les bords de l'Arges. La route s'enfonce lentement dans les entrailles de la terre, et il est 16h45 lorsque nous apercevons pour la première fois notre objectif:
Dressées sur un piton rocheux à 400 mètres au-dessus de nous, les ruines du véritable château de Dracula dominent les gorges formidablement encaissées et la vallée toute entière. Nous sommes enfin arrivés au pays de Vlad Tepes...
Je sors immédiatement mes jumelles et scrute les alentours de la forteresse,
Nic: "Tu vois un passage?"
Yves: "Aucun! On dirait que le château a été posé sur le piton rocheux comme une cerise sur un gâteau!"
Nic: "Il devait être imprenable! Et je crois qu'on ne va pas tarder à se rendre compte à quel point!"
Yves: "Il faut aller à Arefu. De là on trouvera un chemin de montagne qui mène de près ou de loin à la citadelle."
Cela fait maintenant une bonne demi-heure que nous gravissons marche après marche, le chemin tortueux qui devrait mener au château. Les sacs sont de plus en plus lourds mais l'excitation fait heureusement oublier la fatigue. Alors que le doute commence à s'installer, les ruines apparaissent enfin entre les arbres...
Une vieille passerelle nous sépare du Château. Dressée en guise de pont-levis au-dessus de 400 mètres de vide, elle nous permet d'apprécier les gorges majestueuses et austères de l'Argès, et de penser un instant à la femme de Dracula qui croyant son prince mort, se jeta du haut des remparts du Château assiégé alors par les turcs...
Le ciel est menaçant. J'espère que le vent qui souffle par fortes bourrasques va chasser les nuages et que la pleine lune sera au rendez-vous ce soir.
Nous nous activons à installer la tente bien à l'abri dans la cour du château, tandis qu'un corbeau géant et monstrueux campant au sommet du donjon surveille la scène, tel le gardien des lieux. L'oiseau nous regarde de côté, déploie ses ailes à l'envergure impressionnante, et prend son envol dans un extraordinaire bruit de brassage d'air...
Nicolas termine de monter la tente pendant que je m'occupe de la corvée de bois. Je dois en amasser suffisamment pour alimenter un feu qui devra brûler jusqu'au matin,
Yves: "Nic, c'est toi qui siffle?"
Nic: "Non?"
Je me précipite à l'entrée des ruines. Un militaire s'est engagé sur la passerelle,
Yves: "On a de la visite!"
La nuit enveloppe peu à peu les ruines de son rideau d'obscurité. Dans la cour du château, le feu danse au rythme des courants d'air et projette nos ombres sur les murs. Les vents ont chassé les nuages et la pleine lune est au rendez-vous.
Yves: "Le feu a été anormalement difficile à prendre. Etrange, non?"
De nouveaux hurlements de loups se font entendre au-dessus des gorges,
Nic: "La nuit va être longue Meulière, il vaut mieux assurer!"
Nic fait aussitôt fondre la cire de bougies à l'intérieur d'une vieille boîte de conserves rouillée, vestige d'une expédition nocturne précédente, sans doute de jeunes étudiants roumains qui auront voulu défier les forces des ténèbres!. Puis il verse la cire liquide transparente sur un tee-shirt sale, et enroule le tout autour d'un rondin de bois vert. Il ne reste plus qu'à l'enflammer,
N: A toi l'honneur, MeulZen!
Je plonge la torche improvisée dans le feu et nous partons faire le tour des ruines à la lueur des flammes...
Dès que nous nous éloignons du campement, un sentiment étrange nous envahit. Le cadre des ruines surplombant les gorges de l'Arges sous la pleine lune est aussi envoûtant qu'oppressant. Il suffit de s'écarter du feu pour ressentir comme une présence autour de nous et se sentir mal à l'aise...
Yves: "Tu as entendu?"
Nic: "Hein, quoi?!"
Yves: "C'est lui! Il est minuit c'est son heure!"
Nic: "T'es con Meulière, c'est pas drôle! J’ai le cœur qui est parti à 100 à l’heure!... Sérieusement, la pierre tout à l'heure, c'est pas toi?"
Yves: "Je t'ai donné ma parole d'honneur!"
Nic: "Je n'arrive pas à te croire Meulière, IL FAUT QUE CE SOIT TOI!!!"
Tout au long de la soirée et de la nuit se sont produits d'étranges phénomènes, comme cette grande et large pierre plate sortie de nulle part et "posée" à notre insu en équilibre sur la tranche, juste devant le feu! Nous pourrions bien sûr décrire en détail tout ce qui s'est passé mais il est inutile d'entrer dans de vaines polémiques à tenter de vous convaincre de choses qu'il faut nécessairement avoir vécues pour les croire... Et puis autant garder une part de mystère pour ne pas rompre le charme de votre imagination, et vous inciter à vous offrir vous aussi votre nuit dans le Château de Dracula...
Nous quittons le Château de Dracula un peu nostalgique... Pour les paysans de la région qui ne connaissent pas le roman de Stoker, Vlad Tepes n'est pas un vampire mais un mort vivant. Ils pensent que le tremblement de terre qui détruisit le château en 1913 est son œuvre "et que ce jour là, le Voevod dans un terrible sursaut, a tenté d'échapper à la malédiction éternelle que ses crimes font peser sur lui et qui l'empêche de reposer en paix... Le héros sans repos de Stoker hante toujours les lieux et le villageois chargé de les garder ne s'y aventure, après le coucher du soleil, qu'avec son vieux missel usé qui, affirme-t-il, écarte les esprits malins rôdant là-haut... Passer une nuit au château de Dracula est considéré comme un défi à la mort que les plus téméraires osent rarement relever. A Arefu, nous ne connaissons qu'un villageois dont on affirme qu'il est le seul à avoir survécu à cette épreuve..." (Propos recueillis dans l'ouvrage des professeurs R.T McNally et R.Florescu: A la recherche de Dracula).
.
|
Enfants abandonnés de la gare de Bucarest...
L'immense hall de la gare de Bucarest grouille de monde. A quelques mètres devant nous, des enfants d'une demi-douzaine d'années jouent à se courir après, tandis que d'autres fument des mégots de cigarettes ramassés sur les rails. Coiffés de leur bonnet à pompon et emmitouflés dans de vieux anoraks, ils sont les victimes de la politique nataliste désastreuse de Ceaucescu. Nés à une époque où la contraception et l'avortement étaient interdits, où les femmes devaient avoir quatre enfants et où l'abandon était autorisé, ces enfants attirés par la grande ville sont venus de leur campagne pour rester sur Bucarest où ils espèrent survivre... Ces enfants perdus jouent et la crasse sur leur visage intensifie l'éclat de leur sourire. Ces enfants perdus restent des enfants... Jusqu'à quand!



























































